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L'Icône de la Sainte Trinité d'Andréï Roublev

Cette célèbre Icône peinte vers 1410 par le Saint moine, Andréï Roublev entre dans cette catégorie de représentations inspirées qui demeurent mystérieuses tant elles synthétisent "en Vérité" le dogme qu'elles véhicules.

 

Cette Icône est issue d'une représentation plus connue sous l'intitulé : "L'hospitalité d'Abraham", (Récit de l'ancien testament - Genèse 18,1-16) dont on peut voir ci-dessous un magnifique exemple. Le récit de l'ancien testament a trouvé naturellement dans la lecture "chrétienne" une préfiguration de la manifestation miraculeuse de la Sainte Trinité (Père, Fils et Saint Esprit). Il n'est pas impossible de penser que, pour l'ancien testament, cet événement témoignait du principe fondamental et Sacré suivant lequel rien n'est possible sans le ternaire, mais ceci est un autre sujet ...

 

 

À propos de l'Icône d'Andreï Roublev

Il semble que pour beaucoup il soit acquis qu'à chaque ange soit attribuée une des personnes de la Trinité.

Un seul argument fait tomber cette opinion : il est totalement impensable que le Christ en tant que tel soit situé au centre car, dans ce cas, le Père se situe à droite pour certains ou à gauche pour d'autres suivant le point de vue où nous nous plaçons. Comment peut-on imaginer placer le Père à droite ou à gauche du Fils ?

De plus il n'est absolument pas possible de représenter le Père de quelque manière que ce soit. Quant à l'esprit Saint, sa représentation est multiple : rayon, colombe mais certainement pas ange. En revanche l'archange peut être celui qui transmet l'esprit. Mais il est le messager, non le message pas plus que l'auteur du message.

Un autre point important : la question de droite ou de gauche est normalement totalement étrangère à la quête spirituelle (l'exemple le plus significatif en est que le choeur peut se situer indifféremment à gauche ou à droite de l'iconostase) sinon pour signifier l'abandon de celle-ci puisque alors on retourne au monde et ce que nous allons dire est certainement folie pour ce dernier. La fixation de la gauche et de la droite ne peut qu'entraîner des comportements superstitieux chez certains.

Au plan spirituel lorsqu'on signifie la droite il s'agit de la droiture, de la rectitude comprise comme verticale.

On retrouve d'ailleurs dans la liturgie cet appel répété à maintes reprises : « tenons-nous droits, soyons attentifs dans la sagesse ».

La rectitude dans tous les sens du terme invite à la méditation, à l'union en esprit avec l'officiant et par la liturgie à la Communion.

Dans l'espace Sacré, si nous devons situer ceci ou cela, c'est par les orientations spatiales que nous devons le faire. Elles sont au nombre de 4 + 2, la verticalité : l'est, qui est le lieu du sanctuaire, l'ouest, l'entré ou la porte des fidèles, le nord et le sud, dont les ouvertures sont gardées par les deux Archanges Gabriel et Michel, enfin le haut et le bas envisagé comme verticalité dont le pilier de la croix est l'image, mais aussi la coupole, gardienne des hauteurs célestes. La représentation du Christ Pantocrator ou de la Sainte Face à cette place comme clé de voûte confirme ce que nous disons.

Le sens symbolique des directions de l'espace est plus complexe encore puisque les quatre premières forment une croix horizontale (plan de l'église) et, avec la verticale, elles forment ensemble le septénaire, la fameuse croix à 6 branches qu'on retrouve dès le premier siècle sur les pierres tombales (inscrite dans un cercle). Ce symbole est, bien entendu, assimilé au nom du Christ par la combinaison des initiales mais aussi à la prière du coeur. Du reste si l'on était un temps soit peu attentif au signe de la croix dans l'orthodoxie, on pourrait voir que ce signe, tracé sur soi-même, accompagné de la prosternation (métanoïa) restitue ce septénaire.

Encore faut-il y ajouter une septième direction (non-dimension) qui est le centre lui-même ou l'axe.

Alors que dire de la représentation de Roublev.

Ce qu'il faut dire, c'est que l'on doit quitter la pensée cartésienne, la vision immédiate du monde et la mentalité analytique ... Pour aller vers l'esprit de synthèse, la simplicité et la logique.

De cette façon, on peut dire que chacun des trois anges est simultanément les trois personnes de la Trinité et encore plus justement que les trois anges expriment essentiellement le « ternaire » en soi et particulier de la Sainte Trinité dans la spiritualité chrétienne. C'est d'ailleurs la raison pour laquelle l'ange du centre est revêtu des mêmes vêtements que Notre Seigneur Jésus-Christ. Ainsi nous disons : l'ange du centre n'est pas le Christ mais l'affirmation de la voie chrétienne par rapport au récit de la Bible plus spécifiquement Hébraïque dont les trois anges sont semblables.

Dieu ne peut se manifester dans ce monde que sous la forme ternaire.

Maintenant, si on observe bien l'harmonie de couleurs utilisées par le Maître pour l'ensemble « trois anges et table (que nous nommons intentionnellement autel) », on peut percevoir par leur simplicité et leur pureté l'expression subtile de la diffraction de la lumière (arc-en-ciel). En Iconographie, très souvent, les couleurs sont suggérées à l'exception dans la plupart des cas du rouge, du noir et de l'or (sur lequel il y aurait beaucoup à dire)

Comme chacun sait la première manifestation du spectre des couleurs se réduit aux trois couleurs primaires : rouge, jaune, bleu. Toutes les autres couleurs de l'arc-en-ciel sont issues des mélanges de ces dernières entre elles.

Par voie de conséquence il est logique de dire que la lumière se manifeste d'abord par le ternaire. On peut déjà, si on le souhaite, tirer de cette remarque quelques conclusions ...

On dira même que le ternaire est la nécessité première à toute manifestation, à toute vie.

 

Une petite réflexion sur l'étude du spectre des couleurs peut être aussi très intéressante. Ceux qui savent comment on établit ce spectre se souviennent qu'on trace un cercle dans lequel on installe deux triangles inversés. Leur superposition forme (et si c'est logique ce n'est un hasard) le sceau de Salomon. Dans les pointes (triangulaires) du premier, on place les trois couleurs primaires et dans celles du second le mélange des deux couleurs qui se situent de part et d'autre. C'est ainsi qu'on placera l'orange entre le rouge et le jaune, le vert entre le jaune et le bleu, enfin le violet entre le bleu et le rouge. On obtient la succession des 6 couleurs de base de l'arc-en-ciel et non 7 comme certains le disent.

 

La septième couleur étant à l'image du septénaire (le centre) la non-couleur : la lumière et non pas le blanc, et certainement pas l'indigo qui n'est qu'une nuance parmi une indéfinité d'autres résultant des mélanges. Les erreurs, de nos jours, ont la vie dure ...

Ce qu'il y a de plus surprenant dans la composition de cette Sainte Trinité c'est que l'ensemble 3 anges plus autel repose sur la composition du spectre des couleurs qui n'est autre que le sceau de Salomon comme nous venons de le dire (ou étoile de David). Or, il se trouve que ce symbole est le symbole même de "l'analogie" que nous traduisons par : le rapport de "ce qui est en bas" avec "ce qui est en haut". Au haut moyen âge, certains spirituels voyaient dans l'entrelacement des deux triangles inversés l'union des deux natures du Christ. Tout cela n'a en fait rien de surprenant.

Une autre observation toute aussi importante semble avoir échappée a beaucoup. Certains se sont fixés sur le mouvement circulaire en oubliant la direction du regard des anges (voir le flêchage rouge sur l'image ci-dessous). L'ange du centre regarde celui qui se trouve à sa droite qui lui, dirige son regard vers l'ange de gauche. Enfin ce dernier regarde la coupe et la main bénissante de l'ange du centre.

Nous avons donc : la verticale déterminée par le geste de bénédiction de l'ange du centre et l'horizontalité indiquée elle, par le regard de l'ange de droite. La croix est ainsi recomposée ; mais ce qui est signifié ici, c'est le signe de la croix tracé dans le sens que nous venons de dire avec de plus l'idée que ce tracé n'a ni début ni fin. Ce principe nous renvoie, bien entendu à la prière perpétuelle (prière du coeur).

Il y a encore d'autres aspects qui pourraient être développés, par exemple le centre optique du cercle qui est la coupe ...

Le plus important est d'affirmer que les véritables tracés dit "régulateurs" reposent sur ces grands symboles traditionnels. Les maîtres iconographes contemporains qui font grand mystère (à moins qu'ils les ignorent) de ces tracés ont bien tort. Il est toujours préjudiciable de cacher ces merveilles puisqu'alors on laisse prise à toutes sortes de délires sur la composition et c'est bien ce qui se passe de nos jours.

 

Je ferais juste une petite remarque à propos du rouge (qui n'a pas de rapport immédiat avec cette Icône).

Tout symbole traditionnel comporte un double sens diamétralement opposé l'un à l'autre. Le rouge signifie à la foi l'amour divin (l'intériorité) mais aussi la haine et le meurtre (l'extériorité). Il est à peine besoin de souligner qu'en iconographie, la dominante rouge est symbole d'amour et d'intériorité en rapport avec le coeur. Nous laissons soigneusement de côté l'aspect négatif qui est pourtant bien l'autre sens de ce symbole.

Autre indication : en hébreu, terre rouge se dit adama, dam signifiant le sang. Que dire de l'assiette à dorer sur laquelle on superpose la feuille d'or et de l'or lui-même ...

 

 

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