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L'esprit de synthèse en iconographie
 
A plusieurs reprises il m'a été reproché, dans le cadre de mes réflexions sur l'Icône et sur l'art d'une manière général, un ton polémique, certains m'encourageant même à adopter un discours plus ... policé.
Il ne serait pas nécessaire d'apporter de réponse si l'une des qualités requise, pour aborder cette discipline sacrée, n'était l'esprit de synthèse ... qui implique le discernement.
A l'évidence chacun peut douter de tout et se poser sans fin des questions sans réponse :
Quels sont les critères qui me permettent d'affirmer ceci ou celà ?
Pourquoi aurais-je raison et l'autre tort ? Et inversement !
Ou encore :
Qu'est-ce que la beauté ?
Qu'est-ce que la vérité ?
Etc. ...
 
Petite histoire en aparté : un individu passait sa vie à manifester dans les rues en hurlant. Il tenait une pancarte sur laquelle était écrit : LA VÉRITÉ N'EXISTE PAS. Sur son chemin il croisa un clochard qui lui demanda : "Est-ce que c'est vrai, la vérité n'existe pas ?" "Bien sûr !" lui hurla le manifestant. Le clochard, après réflexion, lui répliqua : "Ben ! Si c'est vrai ce que tu dis ! c'est une vérité". Furieux, le manifestant jeta sa pancarte et s'enfuit en hurlant de plus belle, enragé d'avoir été lui-même le zélateur du principe même de la vérité, qu'il dénonçait.
 
On peut déjà répondre qu'à force de mettre en doute les évidences les plus élémentaires, on peut tout aussi bien douter de nos propres sens, y compris du simple "bon sens" et qui plus est de l'intuition. Le résultat en est assurément de ne plus savoir quoi penser. Il y a, de nos jours, bien plus qu'un début de cet état d'esprit qui, malheureusement, entraîne des conséquences assez désastreuses dans la mesure où l'individu ne sait plus vers qui et où se tourner pour résoudre les problèmes les plus "épidermiques".
Ce monde contemporain patauge dans ses propres incohérences en se figeant sur la seule méthode analytique et "scientifique" de l'appréhension du monde. L'esprit de synthèse lui fait peur et l'idée même que quoi que ce soit puisse échapper à son investigation (quantitative) ne lui vient même plus à l'esprit.
On admet la croyance et la réflexion profonde voir spirituelle comme une option facultative au supermarché de la vie.
Les bonimenteurs de tous bords ont acquis un statut légal. S'en étonner n'est pas convenable ...
J'assume donc mon étonnement et me permets l'audace du propos qui suit :
 
Réflexions faites
Les réflexions et le travail que j'ai été amené à effectuer au cours de ma "carrière" artistique m'ont conduit à examiner avec la plus grande sincérité et le désir de bénéficier de l'expérience des aînés, les publications ou les exposés auxquels je pouvais avoir accès.
Au fur et à mesure de mon étude, je me suis rendu compte que bon nombre d'incohérences, voir d'erreurs était affirmé avec une incroyable légèreté. Il m'a fallu 25 ans d'expérimentation pour commencer à envisager sérieusement de fixer sur papier le fruit de mes étonnements ; d'abord pour moi-même, ensuite pour en faire part à ceux qui voudraient bien m'accorder leur confiance dans le cadre de mon enseignement. D'autre part, ma première et dernière participation aux "colloques internationaux sur l'Icône" à Vezelay, m'a convaincu de la nécessité de ne pas laisser sans réponse les stupidités des plus invraisemblables qu'il m'ait été donné d'entendre ...
Ces objections que je me formulais ne concernaient pas seulement la discipline sacrée mais aussi l'art profane. Elles se prolongeaient vers une interrogation la plus sérieuse possible sur la mentalité contemporaine et ses conséquences. Très jeune, j'ai pris conscience, grâce à certains maîtres auxquels je fais référence sans nécessairement les nommer chaque fois ( On peut se demander s'il y a lieu d'ajouter des citations pour soutenir ce point de vue ?), qu'il ne fallait pas se laisser conter des sornettes, aiguiser son esprit critique et surtout vérifier par soi-même le bien-fondé de ce qui nous semble incohérent ou douteux.
 
Je me suis donc ... et souvent ...et depuis longtemps ... demandé naïvement, pour quelle raison, certains érudits ne prennent pas conscience des illogismes qu'ils parsèment dans leurs écrits.
Par exemple :
Est-il sérieux d'enseigner comme des vérités indiscutables des théories qui ne sont que des hypothèses ?
Est-il judicieux de publier des techniques inutilisables ?
Est-il nécessaire de voiler ou dissimuler certains principes fondamentaux vérifiables ?
Est-il raisonnable de se faire l'écho de thèses profanes complètement absurdes sur (entre autres) la perspective inversée ou les tracés arbitraires ayant trait à la composition ?
 
Ou encore : depuis quand devrions-nous nous satisfaire de vérifications scientifiques sur la véracité de notre foi ?
 
Ces questions et bien d'autres ne se sont heurtées qu'à un grand silence ou l'invariable réponse évasive : "Mais, les choses ne sont pas aussi simples ... "
 
Le discernement
Pendant longtemps, je me suis contenté de ces silences ou explications sibyllines, n'ayant pas, moi-même, les éléments de réponses. Jusqu'à ce que je découvre que je n'étais pas seul à m'étonner. Du coup, d'années en années les réponses à mes questions se sont imposées d'elles-mêmes tout simplement parce qu'elles se trouvaient déjà formulées par les maîtres et les "spirituels" indiscutables.
 
Mon but n'est donc pas, ici, de dénoncer, ou polémiquer, mais seulement, refuser les "détournements" et les "tyrannies intellectuelles" qu'on retrouve caricaturées, par exemple, chez certains pseudos-maîtres, érudits contemporains ou conférenciers professionnels.
Il y a deux manières de ne pas accepter les absurdités : soit, ne pas les comprendre, soit, ne les comprendre que trop bien. Je suis toujours surpris par l'extraordinaire bricolage "dialectique" que s'imposent certains (ceux-là diraient sans doute : "diatectal") pour faire original et savant et surtout "faire passer" leurs délires comme un tour de prestidigitation. Pour exemple : ceux qui auraient vraiment du temps à perdre peuvent se plonger dans certaines élucubrations allucinées d'un certain Philippe Sers, ils auront là le stéréotype de "l'intellectuel" qui, se bardant de diplômes rutilants, s'arrange avec tout et n'importe quoi. S'il n'y avait pas derrière ses agitations cérébrales un enjeux important nous lui reconnaîtrions bien volontiers un talent de "comique". La quête spirituelle n'exclut pas un certain humour, mais ... il y a des limites tout de même...

Les Maîtres ne disent-ils pas : "Ce qui est Juste est limpide !".

 
J'ai donc fini par puiser dans mes réserves d'audaces en formulant les remarques qui s'imposent sur certains sujets et en mettant à jour ce que les Maîtres nous enseignent. Ces vérifications n'ont été possibles qu'en appliquant le principe de synthèse dans toutes mes recherches. Autrement dit et pour l'exprimer rapidement, orienter son attention vers les "constantes" tant dans les écrits que dans les représentations iconographiques les plus authentiques et en tirer les conclusions. D'autre part, j'ai eu cette chance au cours de ces nombreuses années de côtoyer, dans diverses disciplines artistiques, des professionnels dont la stricte exigence de qualité imprégnait obstinément leurs réalisations. Cette exigence, sur laquelle je reviens souvent n'a rien a voir avec le perfectionnisme qui peut, lui, conduire au maniérisme, l'un des travers des plus nuisible dans notre discipline. Il y aurait beaucoup à dire sur ce sujet ...
 
La synthèse
En iconographie, toute représentation constitue un langage très précis nécessairement conforme à la théologie orthodoxe. Or, au cours des siècles, bien souvent, les iconographes, passant outre la justesse de ce langage (qui constitue une partie importante de la Règle) ont parfois rajouté ou supprimé des éléments Il nous arrive alors, et ce n'est pas rare, d'être confronté à des questions de représentations ; comment doit-on figurer tel ou tel saint ou telle fête. Quels sont les attributs et symboles fondamentaux, quelles sont les couleurs à appliquer et quelles en sont leurs significations.
Sans être totalement affirmatif, parce qu'il peut y avoir des cas d'exception, les constantes donnent les réponses aux incertitudes. On pourrait sans doute l'exprimer sous la forme "du plus grand dénominateur commun".
L'idéal serait évidemment de chercher ces mêmes représentations chez les plus grands maîtres dont les sources ne peuvent être mises en doute. S'il faut illustrer ce que je veux exprimer avec justesse, c'est l'Icône du Pantocrator reproduite ici qui s'impose.
 

Christ Pantocrator : Icône serbe du 14 ème siècle
attribuée au Métropolite Jovan le Zographe
 
Sachons toutefois que la plupart du temps les iconographes ont rajouté des éléments. Ils en ont plus rarement supprimé.
Ce travail de synthèse effectué sérieusement permet d'avoir des certitudes et nous évite le vagabondage pictural. L'iconographie n'est pas une discipline qui supporte la subjectivité d'une improvisation. Elle symbolise en elle-même l'esprit de synthèse, exprimant "dans le silence" (1), avec une extrême sobriété de moyens, la totalité de la doctrine chrétienne. Vouloir innover ou se contenter d'une approximation nous expose à tronquer la vérité.
Il va sans dire que nous devons malgré tout rester vigilant, aiguiser notre intelligence et peut-être notre intuition spirituelle (2) ; tenant compte toutefois de cette maxime : "multiplie autant de fois que tu voudras une erreur, ça ne fera pas une vérité !" Nos contemporains feraient bien de réfléchir là-dessus.
Que l'on sache bien qu'exposer le point de vue spirituel sur l'iconographie nous invite à ne plus nous exprimer en notre propre nom. C'est cette même exigence qui nous permet de ne pas signer une Icône et utiliser le "nous" dans nos réflexions ne correspond à rien d'autre que l'acceptation de faire nôtre les règles élémentaires et immuables que nous transmettent les Maîtres à commencer par ... le sien. Cette dernière observation répond aussi à certaines habitudes auxquelles j'ai renoncé : les mentions systématiques des sources auxquelles je me réfère. Celles-ci étant strictement orthodoxes, je les ai faites miennes en les assimilant. Lorsque qu'il me paraît absolument impératif de citer ou mentionner, j'essaie d'être le plus discret possible sachant que ces réflexions n'engagent que moi pour le monde extérieur. Il faut aussi avoir l'honnêteté d'assumer sa réflexion et ne pas se cacher derrière une supposée érudition. De plus, la pratique d'une discipline sacrée (comme de sa propre foi) suppose de la "simplicité" et l'assimilation de tout ce qui a enrichi notre "expérimentation".
L'esprit de synthèse ne s'improvise pas, il est le fruit d'un long travail sur soi-même de défrichage et déchiffrage qui suppose d'abandonner les automatismes de la pensée stéréotypée de l'époque. De ce point de vue l'iconographe ne peut et ne doit s'accommoder, ni de la tiédeur, ni de l'excès.
Pour finir j'ajouterais que toutes les réflexions publiées ici constituent des réponses à des questions ou des remarques formulées directement à moi-même ou certaines dont je me suis senti redevable.
 
Ayant déjà eu l'occasion de signifier que le devoir de parler vrai est une règle chez les iconographes dignes de ce nom, quand bien même ces vérités nous mettraient en défaut, je conclurais néanmoins par ce rappel qui devrait "tarauder" notre mémoire et nos actes pour l'avenir :
 
« Que laisserons-nous à nos enfants ? »
 
 
(1) Souvent il a été signifié que l'image était destinée à l'enseignement des analphabètes. Si la formulation n'est pas fausse, l'opinion que l'on a de nos jours sur l'analphabétisme est si dévalorisante qu'il est bon de rappeler que de ne savoir ni lire ni écrire ne signifie pas d'être dépourvu d'intelligence. De la même manière, la faculté de lire et écrire ne garantit pas l'intelligence vraie. Ce qui ne veut pas dire, est-il besoin de le préciser, qu'il faut rester analphabète, mais seulement qu'on aurait tort de suspecter davantage la transmission orale ou iconographique que la transmission livresque.
(2) il va sans dire que cette recherche s'accompagne inévitablement, ou mieux,"heureusement" d'une "méditation" spirituelle que certains expriment comme prière. Pour ma part, je dirais que cette nécessité suppose de la discrétion et de la "pudeur". Sachons que la pratique sérieuse de la discipline sacrée est en soi une méditation-prière. Y surajouter des formulations particulières ou des obligations de jeûnes au cours du "labeur" constituent des choix individuels que chacun peut expérimenter dans la discrétion de sa propre quête. Sachons également qu'entre la débauche et la mortification excessive, il y a sans aucun doute une voie médiane ... ceci est une question d'équilibre personnel et de "conscience".