L'ATELIER DES DEUX SAINTS JEAN, 
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Du qualitatif et du quantitatif en iconographie*
invitation à mes Soeurs et Frères iconographes et aux étudiants

*Cette réflexion ne concerne évidemment que l'iconographie orthodoxe. Nous ne nous permettrons pas d'y inclure l'approche Romaine qui a depuis fort longtemps (dans sa grande majorité) confondu le Sacré, le religieux (religiosité) et le profane, et maintenant l'expression du psychisme le plus inférieur. Sachant que fort heureusement les exceptions confirment la règle. Exceptions que nous saluons fraternellement et qui se reconnaîtront sûrement.


Préambule

Les observations qui suivent peuvent à n'en pas douter constituer l'évocation de conditions préalables à l'étude de l'iconographie. L'intérêt grandissant porté à cette discipline s'accompagne malheureusement de l'émergence de pseudos maîtres (nous l'avions déjà signalé) plus ou moins qualifiés qui risquent de plonger une nouvelle fois cet art sacré vers une dégénérescence certaine ; d'autant que ces "prosélytes" sont toujours très actifs et ne ménagent pas leurs efforts pour faire du "chiffre"( ce qui est un des traits caractéristique de l'ignorance).

J'en profite aussi pour faire la mise au point suivante, qui s'avère d'actualité: je n'autorise aucun "atelier", quelle que soit la forme suivant laquelle il se présente, à se réclamer de mon enseignement . Mon but n'est pas de former des "formateurs" mais d'enseigner l'iconographie. À ce jour, les élèves qui sont "passés" par mon atelier n'ont pas, que je sache, parcouru (et réalisé) l'éventail des difficultés minimum et acquis la connaissance suffisante susceptible de leurs permettre d'enseigner, du moins, en se réclamant de moi ou de l'Atelier des deux Saints Jean. Chacun peut faire ce que bon lui semble, bien entendu, mais chacun doit prendre sa responsabilité. Je n'oblige personne à me faire confiance et j'ose espérer une certaine réciprocité.

L'exigence de qualité

Nous avions pensé nous être suffisamment exprimé, au cours de certaines réflexions ayant trait à l'exigence de qualité (et non pas de perfectionnisme), tant en ce qui concerne l'enseignement, que la réalisation même de l'Icône. Or, ce que nous constatons avec étonnement et tristesse, c'est que la banalisation de la médiocrité ne cesse de s'affirmer là même où normalement on devrait légitimement s'attendre à de la rigueur et du sérieux.

Ce constat, qui n'est malheureusement pas qu'une impression vague et subjective, mais l'évidence affirmée de certaines pratiques absurdes, ne doivent pas et ne peuvent pas rester sans réponse. D'autant que nous avons observé cette facilité avec laquelle ces pseudos-maîtres pouvaient tenir des discours "ronflants" et "savants" et parallèllement proposer leur allucinante et affligeante médiocrité comme base pédagogique... Et tout cela avec une désinvolture ... qui semble laisser indifférentes certaines autorités ...

Face à certaines dérives contemporaines, il nous semble que nous ne pouvons nous satisfaire du "médiocre". Cela fait aussi partie de notre témoignage, car ce que nous avons vu et ce que nous avons compris n'a rien d'exceptionnel. Et suivant ce qu'il est dit : "En ce lieu Sacré, dont on dit que les portes ne sont ni fermées ni défendues, peu ont l'audace d'y pénètrer, beaucoup en interdisent l'accès sans y avoir pénètré eux-mêmes".

Habitudes fâcheuses et dérives certaines

Nous nous sommes longuement interrogé sur la "genèse" de cette négligence et nous pensons qu'il y a derrière tout cela des "habitudes" fâcheuses et tenaces que nous ne sommes pas décidé à transformer en "tradition".

- le premier prétexte invoqué, vient de ce que certains ont voulu, dans la plus grande confusion, assimiler des phénomènes présumément miraculeux à de nouveaux critères de règles iconographiques ou, pour être plus exact, l'abandon de ceux-ci. Les "phénomènes" qu'ils proviennent d'en haut où d'en bas n'ont rien à voir avec les canons de l'iconographie orthodoxe.

- Le second vient de ce que l'on confond le cheminement, parfois chaotique, de l'individu en recherche spirituelle et les facteurs, révélateurs de la foi, qui peuvent être multiples aussi bien que par "défaut". Nous avions mentionné ailleurs cette notion d'Upa-gourou dans l'Indouisme, considérée comme supérieure, par principe, à celle de Gourou (maître spirituel). Nous rappellerons que l'Upa-gourou peut être n'importe quelle rencontre fugitive, n'importe quel incident inattendu susceptible de correspondre à une réponse à une question formulée ne fusse qu'intérieurement. Mais ceci fait partie des mystères de la vie, des rencontres et instants providentiels. Il se peut donc, qu'un élément révélateur de la foi soit une représentation quelconque sans rapport avec une doctrine authentique. Ce peut être, bien entendu, pour l'image, un "chromo" absolument navrant, une mauvaise reproduction d'Icône ou une madone saint-sulpicienne, voire l'expérimentation d'une forme artistique contemporaine*

*Là encore, il serait tout de même, pour le moins grotesque, de transformer ces "éléments déclencheurs" en nouveaux critères de l'iconographie contemporaine.

Ceci participe du cheminement de chaque individu et ne met d'aucune manière en cause la nécessité de veiller à la transmission de l'iconographie la plus digne et la plus juste jusque dans sa réalisation ... Cette iconographie-là ne se situe pas sur le même plan, elle n'est pas "en recherche", elle s'affirme "Parole de Vérité".

- Le troisième prétexte, et non des moindres, à trait à la tentation que nous avons à maintes reprises constaté (et dénoncé), tant dans les ouvrages spécialisés, qu'au travers certaines formulations orales ou iconographiques : c'est la question de la "soumission ou l'adaptation" à la "sensibilité" contemporaine. Là, nous nous devons d'être très sérieux et rappelons avec gravité que la redécouverte dans la stupeur et l'admiration, au début du XXè siècle de la grande Tradition Iconographique et notamment celle des plus grands Maîtres tels que Théophane, Roublev, Dionysos, etc... est le fait d'une sensibilité contemporaine en ce qu'elle a de plus intéressant. Ce qui a bouleversé la sensibilité de ces précurseurs et néanmoins contemporains, c'est l'incroyable profondeur tout autant que la liberté graphique et esthétique de ces merveilles que le "classicisme" avait méprisé et étouffé. Il est certain que le temps n'a pas de prise sur ces oeuvres spirituelles et elles véhiculent EN VÉRITÉ les valeurs qui sont toujours d'actualité et nous sont chères.

Si l'on devait céder à une présumée "sensibilité" contemporaine en ce qu'elle a de moins intéressant, alors ce qui est valable pour l'Icône le serait aussi pour toute discipline sacrée y compris la liturgie tout autant que les Écritures Saintes, sans parler des textes des Pères de l'Église. Cette tentation vient, nous le pensons sérieusement, d'une part de frustration de la créativité (quand ce n'est d'une absence de goût, ou pire, la tentation de "ratisser large") de certains "iconographes" en mal de modernité qui n'ont pas compris que rien ne les empêchait de soulager leur "compression de l'âme" en pratiquant d'autres disciplines artistiques profanes. Théophane le Grec décorait aussi des palais, aucun de ses contemporains ne le lui ont reproché. Soyons-en certains, Notre Discipline Sacrée n'est pas un Art au sens moderne du terme, il n'y a aucune raison de lui appliquer les mêmes critères que l'art profane. Pour prendre un exemple assez frappant : jamais nous n'aurions l'idée en pratiquant une "discipline extrême orientale" de discuter de l'esthétique mise en oeuvre ou chercher à la "mettre aux normes" de la sensibilité contemporaine. Tenons-nous donc droit dans la "Sagesse" et préservons scrupuleusement ce qui doit l'être. Pour nous, l'exemple des Très Grands Maîtres mentionnés plus haut n'a rien d'une nostalgie, mais la certitude qu'ils ont répondu, de la manière la plus noble et la plus vraie que l'on puisse imaginer à l'Amour du prochain et à cette question que nous faisons nôtre : que laisserons-nous à nos enfants ?

Nous n'avons aucune raison valable, aujourd'hui, en 2005 après la naissance de Notre Seigneur Jésus-Christ, compte tenu du miraculeux héritage laissé par nos Pères, de nous laisser endormir par on ne sait trop quel raisonnement intellectuel lénifiant accordant un statut privilégié à la médiocrité. Ce n'est pas que cette médiocrité n'ai pas droit à son champ d'application, c'est qu'elle est en contradiction absolue avec la Vérité dont l'Église Est Dépositaire. Lorsque Saint Paul nous dit : "Songez-y : qui sème chichement moissonnera chichement, qui sème largement moissonnera aussi largement"(2 Cor.9.6). Se complaire et se satisfaire de la médiocrité, n'est-ce pas semer chichement ? On peut sans doute tenir le raisonnement inverse ; c'est oublier singulièrement que rien de bon ne peut sortir des fissures d'un édifice négligé ou abandonné. "Enfin, Frères, tout ce qu'il y a de Vrai, de Noble, de Juste, de Pur, d'Aimable, d'Honorable, tout ce qu'il peut y avoir de Bon dans la Vertu et la Louange humaine, voilà ce qui doit vous préoccuper". Saint Paul (Ph.4.8) N'y aurait-il pas là une invitation à tendre toutes nos énergies vers le haut ...

Ainsi, s'il doit émerger un style particulier, il ne doit pas venir d'une recherche esthétique débridée, mais d'une "Révélation" ou "Volonté Divine". Travaillons donc avec sérieux et humilité en "imitant" les Maîtres et ne nous préoccupons pas du style de notre époque : Notre Seigneur y pourvoira ...

N'oublions jamais que c'est la constance et l'acharnement dans la pratique qui va permettre à l'iconographe de développer sa "main". Pas plus qu'on ne demande à un sportif de haut niveau de battre des reccords en le privant d'un entrainement sérieux, on ne peut demander à l'iconographe le meilleur de lui-même si dans le même temps on favorise le pire et on le prive, du coup, de l'exercice de son art ... en l'ignorant !

Lorsque certains maîtres évoquent : la TRANSPARENCE, la tension vers la PERFECTION, la FIDÉLITÉ et surtout la DIGNITÉ, nous avons là une certitude qui doit nous imposer cette tension vers le "qualitatif" et non vers le "quantitatif"(médiocrité) voir le "phénomène"...

Que l'on sache bien que le respect scrupuleux dû à l'église et à l'orthodoxie ne doit pas constituer un prétexte à masquer des manies* dont l'histoire nous a enseigné qu'elles ont toujours contribué à la dégénérescence de l'iconographie "traditionnelle"...

... à moins que nous n'ayons rien compris nous-même et que la "nouvelle norme" en matière iconographique soit de se soumette à la confusion ambiante ... voire une certaine "tiédeur" face aux amateurismes qui se donnent des "allures" mystiques pour masquer leur médiocrité et leur ignorance.

Nous rappellerons également l'inconvénient et le danger que peuvent induire les envolées lyriques d'exposés sur la théologie de l'Icône si, dans les faits et la pratique nous négligeons notre vigilance quant à la transmission de l'authentique discipline Sacrée jusque dans l'exactitude, la dignité, la subtilité de sa Forme. On oublie trop souvent que cette "Forme" véhicule "l'Esprit de la Tradition". Certains, et les meilleurs, ont mis leur vie dans cet enjeu ...

*Ici, nous ne faisons même pas allusion aux reproductions collées sur du bois. Celles-ci n'ont rien à voir avec l'iconographie mais avec l'industrie et le commerce le plus honteux. Le livre et la carte postale peuvent très bien remplir le rôle pédagogique que l'on voudrait prêter malhonnêtement à ces "travestis" d'icônes. Nous avons déjà répondu à propos de la Sainte Face, à l'incroyable et malhonnête justification présumément "théologique"des reproductions collées dues à un certain "Philippe Sers" : conférencier perpétuel des colloques sur l'Icône à Vézelay (dont par parenthèse, il n'y a pas grand-chose à attendre de sérieux).

Nous avons exprimé ailleurs et le répèterons autant de fois qu'il sera nécessaire, que l'iconographe digne de ce nom - n'étant, ni un courtisan, ni un marginal - se doit d'être responsable* de son art devant Notre Seigneur et Sauveur Jésus-Christ (l'Église) et non devant l'institution (humaine) qui peut rester fragile, pour de multiples raisons, face à ces mêmes manies que nous déplorons plus haut. La vérité est tenace et l'histoire a fâcheusement tendance à bégayer ... et se cacher derrière la bénédiction de son Évêque relève plus d'un comportement discutable que de l'attestation d'une qualification ; d'autant, qu'à notre connaissance, cette bénédiction n'a rien à voir avec un cursus iconographique incluant un certain nombre de degrés attestant de l'aptitude et de la compétence de l'étudiant ; ce qui était le cas dans les anciens ateliers sérieux. Ce n'est pas, bien entendu, l'Évêque qui est en cause mais l'intention de l'iconographe puisque l'autorité spirituelle n'a pas de raison (à priori) de refuser sa bénédiction. L'iconographe, s'il est honnête, ne doit pas se servir de cette bénédiction comme d'un label de qualité "garantie/orthodoxe".

* Cette responsabilité ne se conçoit, bien entendu, que vers le perfectionnement, la sobriété, la noblesse d'esprit, et l'écoute attentive d'un maître iconographe expérimenté ... Bref ! Vers le haut. En aucun cas il ne s'agit de se satisfaire et de ne se sentir redevable de nos médiocrités (picturales) que devant Notre Seigneur. Car dans ce cas, il n'est nul besoin de recevoir l'enseignement d'un maître ni même de s'inscrire dans le cadre de l'orthodoxie ... laissons-nous alors ballotter au gré du mode subjectif (tous les "goûts"sont dans la nature, même le mauvais) avec ce risque bien réel et dans le meilleur des cas : "... lorsque le génie individuel risque de s'abîmer dans quelque monomanie hybride ..." . Ce même auteur (Titus Burckhardt) ajoute : " l'artiste doit veiller à s'affiner et se développer en profondeur au lieu de se dilapider en largeur ...". La profondeur signifiée par la Disciple Sacrée et la dilapidation en largeur par l'indéfinité des expressions de l'ego.

Notre Tradition s'inscrit, soyons-en certain, dans une autre voie ; cette voie étroite qui donne accès aux Immensités Divines que l'on qualifie d'hésychasme ou de Folie en Christ.

L'iconographie traditionnelle n'a rien à voir avec la subjectivité d'un "décorum" plus ou moins somptueux, elle est l'expression visible par tous, de ce vers quoi doit tendre l'Être et dont nous rappellerons une fois de plus l'expression prophétique de Saint Paul : ... "et nous tous qui, À VISAGE DÉCOUVERT, réfléchissons comme en un miroir la Gloire du Seigneur, nous sommes transformés en cette même image (Icône), allant de gloire en gloire comme de par le Seigneur, qui est Esprit"...

Au lieu de nous accrocher comme à des bouées de sauvetages aux techniques dites "à la goutte ou à la flaque", "grecques ou russes", il vaudrait mieux, qu'un jour, on nous explique sérieusement les raisons de l'abandon de la feuille d'or et de la maîtrise (dans la sobriété) des harmonies de couleurs, tout comme le silence ou l'ignorance qui règnent autour de la technique des glacis qui, convenablement maîtrisée, invitent l'étudiant à appréhender et expérimenter la profondeur, la dignité, la subtilité du reflet de cette Gloire du Seigneur (Transfiguration), dont nous parle Saint Paul, si évidente chez les Grands Maîtres. Ceux qui ont accepté avec simplicité cette expérimentation savent bien de quoi il est question, car suivant ce que dit Léonard de Vinci : " ... ce qui nous occupe relève de l'expérience et non de l'élocution..."

L'Icône n'est pas un "accessoire indispensable" (dans l'absolu, rien n'est indispensable), cependant, elle opère et officie au même titre que le prêtre, le diacre et le choeur. C'est la raison pour laquelle elle doit être JUSTE et au diapason des archétypes les plus "INSPIRÉS". Le Père Stéphane Headley avait souhaité, un jour, à Vézelay, que soit affirmée et expliquée la fonction liturgique de l'Icône et il avait 100 fois raison. De notre côté, nous pensons qu'il faudrait y ajouter pour 1000 fois sa fonction ontologique.

Point de vue de l'iconographe sur la genèse de l'Icône

Ici, nous nous devons de susciter une réflexion sur la genèse de l'iconographie chrétienne. Nous connaissons certaines thèses fondées sur l'analyse artistique et historique voire même "scientifique". Si ces thèses méritent une attention, il n'en demeure pas moins qu'elle ne peuvent en aucun cas inclure la "Cause" de la naissance de cette discipline sacrée. Pour nous, iconographes, le regard que nous posons sur l'émergence et la "transformation" d'une représentation "parfaite" et "digne" ne tient pas à une "évolution" artistique s'appuyant sur telle ou telle technique (ces techniques étaient connues et parfaitement maîtrisées). Elle tient davantage à une réalité spirituelle liée essentiellement à la voie ascétique particulière au premier siècle du christianisme. En d'autres termes, les saints des premiers siècles n'avaient aucune raison de se représenter eux-mêmes et la proximité de l'enseignement de Jésus-Christ ne rendait pas urgente la codification d'une représentation spécifique. Il est donc tout à fait logique que l'éloignement dans le temps ait été nécessaire pour fixer des principes conformes à une "symbolique traditionnelle" chrétienne en accord avec sa doctrine. Les signes et symboles que l'on trouve sur les tombeaux des premiers siècles ainsi que les premières représentations des catacombes ne font que confirmer ce que nous disons ; ils ne correspondent pas à l'émergence de l'iconographie, mais simplement le rappel et la confirmation du geste posé par le Christ lui-même (la Sainte Face et la légitimité de la représentation) qui va "Inspirer", au cours des siècles suivants, une codification, aux Spirituels (iconographes) les plus dignes. C'est l'éloignement dans le temps qui à imposé, en premier lieu la fixation des évangiles et dans un second, l'écriture des Icônes (ce n'est certainement pas le fait du hasard si, à l'évangéliste et médecin Luc est attribuée l'origine de l'Icône de la Vierge Marie). Cet enseignement silencieux s'avérait d'autant plus urgent que la "Parole" suscitait des interprétations parfois douteuses. Même si l'histoire démontre que la "représentation" n'a pas échappé à ces mêmes interprétations, les Maîtres iconographes ont toujours maintenu l'expression la plus Vraie, Noble, Juste, Pure, Aimable, Honorable, ne se préoccupant que de Vertu et de Louange, suivant le souci de Saint Paul.

Nous rajouterons une brève réflexion sur la question des Icônes dites naïves ou populaires. Certains peuples ont développé des représentations qui nous apparaissent comme naïves. Nous pensons aux éthiopiens ou aux coptes (égyptiens). Ce mode d'expression très stylisé est intimement lié à la sensibilité et la culture de ces peuples. Il est, du reste, beaucoup moins naïf qu'il y parait et l'on aurait le plus grand tort de vouloir le "singer" en cherchant "naïvement" à l'imiter. Ce mode ne s'improvise pas et ne peut nous servir de base esthétique ; il est d'ailleurs facile de constater que ceux qui se sont aventurés à imiter ce style, n'ont obtenu qu'une esthétique infantile et plate. Pour ce qui est de l'art populaire, s'il présente un grand intérêt, cela tient à ce qu'il dérive d'une iconographie beaucoup plus "savantes" et ne peut, pas plus que le précédent, constituer une base à l'étude (opérative) de l'iconographie. Du reste, la même remarque vaut pour les magnifiques"peintures à l'aiguille" (la broderie). Elles fourmillent cependant d'informations, du fait qu'elles ont été réalisées sur la base d'une iconographie absolument orthodoxe.

Du respect de nos aînés dans la transmission

Par un effet de la Providence, nos aînés les plus qualifiés ont réactivé l'iconographie Traditionnelle qui était, dès le XVIII ème jusqu'aux tout début du XX ème siècle, submergée par une certaine dégénérescence. Ils ont "rectifié" cette voie spirituelle qui s'abandonnait dans des délires psychiques occidentaux et mondains. Notre pensée va, bien entendu (pour ce qui est de l'occident), vers ceux qui ont poursuivi dans cette voie, Léonid Ouspensky, Marie Struve, mais aussi celui que nous avons toujours considéré comme notre maître, le père Georges Drobot sans oublier ce moine iconographe dont le seul conseil à un jeune peintre a été :

la TRANSPARENCE ... la TRANSPARENCE ... la TRANSPARENCE ...
Aujourd'hui, c'est nous (je fais allusion aux iconographes sérieux) qui portons la responsabilité de la transmission. Nous ne devons pas nous reposer sur nos "lauriers" quels qu'ils soient et surtout ne pas nous laisser séduire par la mentalité contemporaine qui, elle, ne se satisfait de rien. La poursuite, à tout prix, d'une originalité aussi bien que l'acceptation passive du "nombre" et son corollaire, la médiocrité (souvent dissimulée sous le vocable de "loisirs créatifs") va à l'encontre de toute Discipline Sacrée.

Si (dans ce monde) nous n'avons aucun souci de l'opinion que l'on peut se faire de nous, c'est que nous tendons toutes nos énergies (iconographiques et spirituelles) vers le haut. En revanche, si notre témoignage s'accommode de la médiocrité et du quantitatif, l'art contemporain et la mentalité qui l'anime sont en droit de se poser des questions sur le ridicule d'une expression prétentieuse et d'un goût douteux.

Ce que nous ne supportons pas dans d'autres disciplines (le chant, le rituel et même la musique profane, la danse aussi bien que l'artisanat) selon quels critères souverains pouvons-nous le supporter dans la nôtre ?

Le monde profane (et même athée) a toujours été saisi par la beauté, la sobriété et la noblesse d'esprit des Icônes anciennes. Je doute sérieusement qu'il le soit de la même manière de ce que nous pouvons observer dans certains ateliers et pourquoi pas le dire avec toute notre affection fraternelle, à l'Institut Orthodoxe même. Ne nous voilons pas la face et exprimons-nous en toute franchise sans intention de plaire ou de déplaire.

Notre avis sur cette question est que la formation artistique de l'iconographe ne peut faire l'impasse sur les problèmes : d'équilibre, de composition, de connaissance des harmonies de couleurs, d'exploration de la main comme de la bonne utilisation des pinceaux, etc, etc.

L'habitude bien ancrée de proposer des stages rapides en laissant croire aux stagiaires qu'ils vont réaliser une Icône est des plus nuisible. Pour preuve, le nombre invraisemblable d'ateliers qui ont vu le jour après quelques stages du "formateur". L'étude de l'iconographie sous quelque formule que ce soit ne peut se confondre avec la réalisation effective et "maîtrisée" d'une Icône.

Dans toutes disciplines profanes ou sacrées, l'apprenti ne peut se prévaloir d'avoir assimilé et expérimenté la totalité de son art et pour le "maître", la supercherie qui consiste à peindre à la place de l'élève ne peut que plonger ce dernier dans l'illusion ou la révolte dans le meilleur des cas. Du reste, il n'y a rien de surprenant à constater que certaines de ces pratiques s'accompagnent invariablement de tentations mercantiles plus proches de celles des "marchands du Temple" que de la juste rétribution de l'enseignant ...

Pour conclure nous dirons que le travers du quantitatif est le danger qui guette l'iconographe (c'est le monde) s'il n'a pas lui-même compris que le qualitatif doit constituer sa règle dans l'humilité de l'anonymat et de l'étude des "Archétypes Inspirés". À contrario, ceci pourrait susciter des prolongements sur les grandiloquentes assertions de conférenciers ... "professionnels"... qui se gargarisent de "l'ascétisme anargyre" des vrais iconographes ... "Ceux qui se font honneur du travail des autres me conteste le fruit de mon propre labeur". (Léonard de Vinci)

En tout état de cause que l'on sache bien que ce qui nous a été transmis, que nous avons expérimenté (et expérimentons dans l'étude et la réalisation) et que nous transmettons sans rien dissimuler, n'est pas un loisir créatif, mais une discipline et une voie de réalisation spirituelle inséparable de l'orthodoxie et sa doctrine, de la liturgie et de toutes les autres disciplines sacrées. Ce qui ne veut pas dire qu'un "incroyant" est exclu de la possibilité d'approcher l'art de l'Icône (nul ne peut sonder les reins et les coeurs) pourvu qu'il soit respectueux de ce qu'il approche comme il pourrait l'être d'autres disciplines (extrême-orientale, par exemple). Comme toute discipline Sacrée, l'exigence de cette "tension" vers la PERFECTION et la DIGNITÉ suppose l'acceptation de cette insatisfaction salutaire permanente dans la Transparence, la Transparence, la Transparence ...

Que Notre Seigneur guide notre main afin qu'elle puisse représenter d'une manière PARFAITE et DIGNE son Icône Sacrée, Celle de Sa Mère Très Pure et Celle de Tous les Saints ...

Qu'il nous sauve de toute tentation du démon et pardonne les péchés de ceux qui, en vénérant ces Icônes, rendront hommage au modèle qui est dans les Cieux ... (Extrait de la Prière de l'iconographe)

Atelier des Deux Saints Jean
(Alain Dufourcq)