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Les Portes Royales ou l'Annonciation

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Portes Royales bulgares du XVII et XVI ème siècles

Dans l'Église orthodoxe, l'iconostase comporte normalement 3 portes : les portes Nord et Sud habituellement attribuées aux deux archanges Michel et Gabriel et les portes centrales à deux battants dites Portes Royales.

Dès les premiers siècles, ces dernières expriment symboliquement l'annonciation à la Vierge Marie et tout ce que suppose celle-ci dans la doctrine chrétienne (même lorsque la représentation est réduite à sa plus simple expression c'est-à-dire une tenture, voir le "vide").

Au cours des siècles, il a été admis de rajouter sur ces portes des représentations variables : les Pères de l'église fondateurs des liturgies ou les Évangélistes.

Il est intéressant d'observer que, progressivement, l'Annonciation (qui elle, est obligatoire) a diminué au profit des autres représentations.

Il nous paraît utile aujourd'hui de rappeler la règle iconographique indissociable de la théologie orthodoxe en ce qu'elle pourrait répondre à certaines interrogations sur la place de la femme dans l'église, voir dans la société.

Du féminin et du masculin

Indépendamment des coutumes, des préjugés et des mauvaises compréhensions de ce qui est d'ordre spirituel dans une société (de type) "Traditionnelle" dont la part du jeu ou mieux, de la théâtralisation sacrée, échappe complètement à notre sensibilité contemporaine, nous devons réfléchir avec simplicité et sérieux sur ce que tout cela signifie.

À force de nier (par ignorance) la subtilité des anciens et vénérer la pensée cartésienne et matérialiste, on a pétrifié la vérité en tronquant le sens des mots. Ainsi, le féminin est devenu exclusivement la femme et le masculin, l'homme. En descendant un peu plus dans l'ignorance, et par cet effet d'inversion des symboles si spécifique à la mentalité moderne, le sens du complémentaire : féminin et masculin se fige de plus en plus dans la stricte sexualité.

Le fait d'affirmer (ce qui est juste) qu'il y a en chaque individu une part plus ou moins dominante de féminité ou de masculinité n'implique nullement (sauf dans les cas exceptionnels d'anomalies génétiques*) la sexualité qui est liée, elle, à la nature même de l'individu : homme ou femme. Il faut ajouter à ce propos que (par Grâce Divine) la part de féminité et de masculinité en chaque individu équilibre et tempère la dominante et nous évite ainsi de sombrer dans l'animalité la plus primaire. La meilleure preuve en est ce qu'on peut observer lorsque, par un effet de dégénérescence d'une société ou d'incompréhension de données d'ordre "Traditionnelles", on fige l'homme dans l'exclusive masculinité et la femme dans l'exclusive féminité. Le résultat de cette "animalisation" de l'être humain conduit à des comportements et des actes de barbaries indignes. C'est bien ce que, malheureusement, l'actualité nous apprend ... et curieusement par un autre effet de balancier, l'homme a de plus en plus tendance à humaniser l'animal ... étrange, tout de même !

* faudra-t-il rappeler sans cesse ce principe ancien et très sage : la règle comporte nécessairement, en elle-même, des exceptions. Ainsi c'est l'exception qui confirme la règle, mais l'exception ne peut en aucun cas constituer une règle. Rompre avec ce principe c'est se détourner de la vie même et compromettre l'équilibre "naturel".

Si ces remarques vont à contre-courant des tendances de nos sociétés modernes c'est que l'on est incapable de distinguer les sinistres effets de modes aussi bien que les ignorances à dérives sectaires (dont le caractère véritablement "subversif" ne fait aucun doute) de la simple évidence.

Là encore le pseudo principe d'évolution (tout autant que sa négation aveugle) a bon dos et entretient un peu plus la confusion. Le monde (et même l'univers en son indéfinie totalité) et tout ce qu'il comporte de visible et d'invisible, est évidemment soumis au "changement", c'est même ce qui en fait sa spécificité. Mais ce dernier n'implique nullement qu'il y ait évolution au sens où on l'entend ordinairement : le concept de perfectionnement de la Création.

D'ailleurs rien ne permet d'affirmer un sens évolutif ou involutif (de même pour l'espace-temps en sa linéarité) excepté pour ceux qui n'envisagent que l'apparence des choses ... Le sens que l'on donne à l'idée de début et de fin est une convention momentanée, éphémère mais nécessaire. Dans l'absolu, rien n'indique où se situent ce début et cette fin et s'il y a un début et une fin. C'est uniquement au regard de notre "manifestation" ici-bas qu'on peut les "imaginer" et tenir compte de cette séquence particulière et UNIQUE EN SOI (n'en déplaise aux adeptes de la réincarnation).

"La Femme" et les Portes Royales

Pour revenir au sens des Portes Royales et après avoir de nouveau affirmé que l'Annonciation en constitue le symbole, nous devons comprendre que l'entrée dans le sanctuaire s'apparente à cet instant inouï où l'archange Gabriel prononce la parole qui va "déterminer" le miracle de la génération divine.

L'inimaginable possibilité d'enfanter dans la virginité par annonce de l'Archange/messager et la libre acceptation de Marie nous invite à penser que, par Providence Divine, le "Créateur" entreprend de confronter l'homme (pour son salut) à l'ultime possibilité de manifestation de sa miséricorde, l'incarnation de son "propre Verbe". Et c'est à la femme qu'il revient naturellement de poser l'acte salvateur.

Pour l'exprimer simplement nous dirons que Marie en mettant au monde le Sauveur devient elle-même les Portes Royales ; ces Portes qui donnent accès au Sanctuaire signifient alors les portes de "l'Église intérieure" (intemporelle, spirituelle), le Saint des Saints.

Bien entendu ce miracle exceptionnel n'a pu s'opérer qu'en vertu de la pureté native de cette jeune femme. Il n'en demeure pas moins qu'elle symbolise la femme/mère par excellence et qui plus est la "Théotokos" (Mère de Dieu). Sa virginité qui semble jeter le doute dans les esprits cartésiens et même chez certains croyants, n'étonne pas plus le Sage que la faculté de guérir ou même ressusciter les morts. Le miracle, s'il est (sur)naturel, n'est pas (non)naturel. Du reste, si l'on est un temps soit peu sensible et éveillé, on doit admettre la vie comme premier miracle.

En même temps que nous exprimons cela nous balayons la conception absurde et dangereuse de l'infériorité native et fautive de la femme et nous affirmons le principe ancien, curieusement oublié, de la fonction qu'il revient à chacun dans le rituel sacré.

Quitte à nous attirer des foudres nous pouvons dire très simplement (par Principe) qu'il n'est pas nécessaire à la femme d'accomplir les actes rituels parce qu'elle est "par nature" plus proche de son Créateur. Elle donne la vie et garde invisiblement le Sanctuaire (pensons à ces femmes russes qui, malgré les persécutions, continuaient à maintenir la foi sous le régime soviétique). Et nous rappellerons que l'année liturgique commence par la Nativité de Marie et s'achève, pour ainsi dire, par sa Dormition.

L'homme lui, étant privé de ce rapport immédiat et porté "par nature", davantage vers l'action, doit, pour s'approcher du Principe divin, poser des actes rituels qui lui sont dictés par Révélation. Mais cela ne lui confère en aucun cas une supériorité.

La dignité et la noblesse d'esprit, pour tout individu, quel qu'il soit, sont des qualités qui s'acquièrent par l'effort et se vérifient dans les actes. La fonction des uns et des autres n'est d'aucune manière une garantie de quoi que ce soit. (voir l'Icône de l'échelle de Saint Jean Climaque).

De plus, il n'y a pas de préséance dans l'église. Le rituel s'établit selon la nature des choses et non pas de façon strictement hiérarchique. Chacun trouve la place qui lui revient, c'est en cela que réside le principe hiérarchique. Dieu donne à chacun selon ses besoins. C'est l'homme qui, trop souvent, s'attribue le droit de distribuer ou non selon son humeur.

Lorsqu'il est fait allusion à la Genèse, il ne faut pas perdre de vue que le "Premier Homme" l'Adam Primordial synthétise en lui-même l'homme et la femme ou mieux le "féminin" et le "masculin". Cette mystérieuse séparation en Adam et Eve est exprimée, entre autres, pour nous faire comprendre la nécessité de restaurer en soi l'Adam Primordial. L'union de l'homme et de la femme en représente l'image et le témoignage extérieur. Dès lors, la "chute" est envisagée pour nous indiquer qu'il est préférable de nous élever. Elle affirme du même coup le concept fondamental de liberté(1).

(1) Comprise à rebours, cette liberté peut conduire l'individu à se rebeller contre sa propre nature et finalement contre Dieu lui-même. Lorsque la connaissance s'isole de son principe, elle s'invente par la raison une légitimité partielle et partiale qui ne peut aller au-delà de la "substance". Le risque de "fuite en avant" en est la conséquence directe : la rébellion s'alimente d'elle-même. Tous les signes que nous observons aujourd'hui vont malheureusement dans ce sens et à l'encontre de la sagesse la plus élémentaire. C'est, du reste, cette absence de sagesse (et de bon sens) qui fait le plus défaut dans nos sociétés dites "civilisées".

Le symbolisme du métier exprime très bien cette évidence selon le schéma : ignorance, apprentissage, maîtrise; qui va de la libre volonté d'apprendre à la réalisation du chef-d'oeuvre.

Entre ceci et cela se résume souvent la vie d'un être humain.

À celui qui s'attèle à cette tâche, peu lui importe la gloire puisqu'il a conscience d'avoir posé sa propre pierre à la place exacte qui lui revenait (de toute éternité) dans l'édifice Sacré.

Telle a été la tâche de Marie, la Vierge et Théotokos dont l'Annonciation ouvre la voie de la quête spirituelle spécifiquement chrétienne (inséparable toutefois de la Tradition Abrahamique). Dante dans la Divine Comédie exprime d'une manière admirable ce mystère :

« Ô Vierge, Mère et Fille de ton Fils c'est toi qui ennoblis notre nature humaine ! »

La nouvelle Eve, comme il est dit parfois, restaure par son fils ce nouvel et dernier Adam (Adam Primordial). N'oublions pas que c'est aussi un des aspects de la voie monastique et de toute quête authentiquement "Initiatique".

L'union des complémentaires (ou des contraires)

Unir spirituellement le féminin et le masculin c'est trouver l'équilibre parfait(2).
(2)Encore une fois ceci n'a rien à voir avec les intentions contemporaines de tout réduire à la sexualité.
Il n'y a assurément aucune raison d'accompagner aveuglément la dégénérescence d'une fin de cycle en cautionnant ce qui ne peut l'être d'aucune manière.

Le langage iconographique nous enseigne que lorsque des éléments d'architecture sont reliés entre eux par un voile rouge, il est signifié la simultanéité de l'intérieur et de l'extérieur ou mieux encore, "l'intériorité" (voir l'Icône de l'Annonciation). Cette union des complémentaires qu'on retrouve si souvent affirmée "extérieurement et intérieurement" est bien la condition de la présence de l'Esprit. C'est une des raisons qui impose à l'iconographe de se fondre avec confiance et humilité dans la "Tradition" se sachant lui-même faillible.

L'expression de l'union des complémentaires qu'on doit signifier tout d'abord comme "contraires", à donné au plan de la représentation iconographique outre les pavés mosaïques alternant le noir et le blanc (échiquier), les chasubles des Pères de l'Église.

Conclusion

Certaines maximes nous disent très sagement : "l'Homme (homme ou femme) est l'image immortelle de Dieu, mais qui pourra la reconnaître s'il la défigure lui-même".

Nous pensons que, symboliquement, la place de la femme dans l'Église se situe par nature où nous avons dit et c'est admirable, en vérité. Par parenthèse, nous devrions réfléchir sur le terme "maîtresse" dont le sens à été complètement inversé au point de se figer dans l'imaginaire. On est bien loin de l'idée de maîtrise ...

Ceux qui veulent voir une "indignité" ou "infériorité" dans une supposée interdiction aux fonctions sacerdotales de la femme ne font que rejoindre ceux auxquels nous faisions allusions ailleurs : qui cherchent dans la "lettre" la justification de leur volonté propre et non Celle dont ils se réclament. Comment pouvoir imaginer prêter des intentions malveillantes à Dieu, voir tout simplement : des intentions. Là encore, précisons qu'il n'y a jamais d'interdiction absolue mais seulement des nécessités dûes à la nature même des "choses".

Bien entendu, tout est possible !
Mais tout n'est pas profitable ...

Restituer à l'Annonciation la place qui lui revient c'est du même coup répondre aux interrogations très actuelles, mais cela suppose de "parler à visage découvert" sans intention de plaire ou de déplaire.