- Cet iconostase est
celui de la célèbre Laure de la
Trinité Saint Serge du monastère de
Sergueïvski Possad.
- Il est l'oeuvre
d'Andréï Roublev et de ses
élèves.
- Nous avons choisi
cette représentation parcequ'elle exprime
très exactement ce qu'il faut entendre par
Iconostase.
- Sa structure et
son ornementation sont réduites à leur plus
simple expression.
- Sa pureté
et son harmonie font de ce chef-d'oeuvre un exemple
auquel nous devrions toujours nous référer
dans nos églises orthodoxes même lorsque
nous diminuons le nombre de rang.
- L'histoire nous
apprend que chaque fois que la stucture s'est
surchargée d'ornementations plus ou moins
discutables, c'est l'icone qui a perdue en perfection et
en dignité.
-
- Ici, les seules
représentations iconographiques suffisent
à édifier le fidèle et
peut-être même l'infidèle. Elles
forment comme le prolongement des fresques en un
ensemble qui élève les croyants, les
enveloppe de Beauté, de Force et de
Sagesse.
-
- Même si de
nos jours beaucoup contestent le bien-fondé de la
hauteur de ces parois et des portes Royales qui occultent
le sanctuaire*, nous devrions nous demander si les
anciens de cette époque furent à ce point
indignes qu'il devint indispensable de leur masquer le
sanctuaire. Nous pensons que c'est tout le contraire.
Dans ces temps où la spiritualité faisait
partie intégrante de la vie dans sa
globalité, le Jeu Divin qui s'opérait dans
l'espace sacré incluait la part de mystère,
de même qu'une certaine idée d'un Divin
Secret qui ne demande qu'à être
découvert (d'où l'idée du
"trésor caché" des contes anciens).
- D'ailleurs ce
secret n'est masqué, en fait, que par notre
indigence, notre faiblesse et notre manque de
foi.
- On peut
remarquer que nos contemporains détestent cette
idée de secret et n'y perçoivent qu'une
volonté de dissimulation douteuse qui est sans
doute justifiée dans le domaine profane (ce
domaine incluant aussi bien les sectes que les
pseudo-spiritualités mondaines).
-
- *
Note : à la remarque suivant laquelle, au
premier siècle du christianisme, il n'y avait
pas d'iconostase, il est facile de répondre que
les femmes et les hommes qui participaient (et
opéraient) aux rituels de cette
époqueétaient eux-mêmes des
Icônes vivantes, de celles que nous
représentons aujourd'hui dans nos
églises. Ils ne se seraient évidemment
pas représenté eux-mêmes... Cette
remarque nous fait penser que, de nos jours, nous
passons notre temps à nous "représenter"
nous-mêmes sans aucune retenue ni pudeur. La
mode n'est-elle pas, sur nos médias, d'utiliser
le terme d'icône pour glorifier n'importe quel
individu"célèbre". On pourrait
peut-être réfléchir la
dessus.
-
- Pour faire
comprendre ce sens élévé du secret
nous utiliserons l'image du métier. Dans la
transmission des métiers, le maître a
coutume de faire remarquer qu'il peut et doit donner tous
les conseils et recettes possibles. La seule chose qu'il
ne peut transmettre c'est son "tour de main" et la
tension ou volonté intérieure qui lui est
propre (que nous nommons "maîtrise").
- C'est en cela
que réside le secret. Il implique son propre
effort jusqu'au "dépassement de soi".
- A chaque
artisan de découvrir son propre "secret" ou
"trésor caché". Le secret de fabrication
est l'exemple même d'une
dégénérescence de cette
idée puisqu'il consiste seulement à
garder pour soi une technique.
- Le secret du
métier, c'est la vraie "maîtrise" de
l'artisan et rien d'autre ; et de fait, dans certains
cas, c'est un vrai mystère.
- Nous autres,
iconographes, en savons quelque chose chaque fois que
nous étudions les chefs-d'oeuvres des Grands
Maîtres.
-
- On peut encore
ajouter, sur ce même sujet, l'exemple des
prières "secrètes" que lit le
prètre au cours de la liturgie orthodoxe. Il
est évident qu'elles ne sont dites
"secrètes" que dans la mesure où les
fidèles ne les entendent pas. Ceux qui le
souhaitent peuvent, sans aucun interdit, en prendre
connaissance dans les publications.
-
- Aujourd'hui, nous
ne supportons pas que quoique ce soit échappe
à notre curiosité.
-
- Et bien, nous, qui
" avons été baptisé en Christ", nous
savons que, tout comme "l'indéfinité" de l'univers
échappera toujours à l'investigation la
plus fine, "l'INFINITÉ" du Principe
Créateur, à plus forte raison,
échappera toujours à ce type
d'investigation. Il faudra pour présentir le Divin
revenir à la fraîcheur du regard de l'enfant
que nous avons été, en y ajoutant : La
Sagesse ou l'Intelligence du Coeur.
- Si nous devions
penser comme le "monde", nous serions en droit de
supposer que les apôtres et leurs disciples ont
menti. Telle n'est pas notre opinion ...
- ... Dieu Merci
!
-
- Nous vivons
dans un temps où cette part subtile de notre
rapport au Sacré et de l'acceptation d'une
règle que l'on ne veut pas comprendre (alors
qu'on est capable de s'en imposer de
complètement arbitraires, absurdes, voir
tyraniques), est bien le signe d'un manque de
"simplicité".
-
- Les iconostases
des Grands Maîtres sont encore là pour nous
remémorer qu'un miracle s'accomplit dans le
sanctuaire dont nous sommes, peut-être,
"momentanément" indigne, ce que nous avons
tendance à sous-estimer ou ignorer.
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