L'ATELIER DES DEUX SAINTS JEAN, 
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Réflexion sur le "nimbe"
Á la suite d'observations qui nous ont été faites sur le tracé du nimbe (auréole autour de la tête des Saints), il nous a paru nécessaire d'apporter une précision sur ce sujet.
 
Lorsque l'iconographe ne pose pas la feuille d'or sur le fond des Icônes mais seulement sur le nimbe, aucune question ne semble se poser sinon, pour nous : quelle est la vraie raison de cette absence ? ...
Nous pensons, que réduire l'or à l'auréole est une erreur de simple logique dans la mesure ou il n'est pas tenu compte du fond de l'Icône en tant que cieux. Cette manière de pratiquer ne se comprend que dans le cadre de l'enseignement iconographique ; car, en effet, la pose convenable de la feuille d'or suppose une sérieuse expérience, c'est uniquement la raison pour laquelle nous la limitons au nimbe comme premier exercice. Dans l'éventualité où l'on supposerait que le fond de l'Icône ne correspond pas aux cieux, que signifient alors ces couleurs opaques ? S'il ne s'agit ni du ciel ni des cieux, que reste-t-il ? ...

 

 
 
Lorsque l'iconographe pose l'or sur le fond :
 
- soit le Saint est représenté en pied ou en buste, dans ce cas le nimbe est simplement gravé et éventuellement souligné d'un filet rouge.
 
- soit il est intégré à une Icône de fête, une scène de vie (sachant qu'on ne représente jamais le ciel/azur).
Le Saint personnage se trouve donc placé sur un fond d'architecture ou de paysage, le nimbe d'or est à l'évidence isolé du décor. Ce dernier exemple nous laisse penser que certains iconographes ont utilisé très tôt le prétexte des Icônes de fêtes pour réduire la feuille d'or uniquement à l'auréole. L'affirmation excessive de ce cercle lumineux était tentante.
 
 
Á maintes reprises, nous nous sommes obstiné à affirmer la nécessité de poser la feuille d'or sur les fonds.
Encore une fois, ce n'est pas pour faire "beau" ou faire "riche", celà tient à la place particulière qu'occupe ce métal dans le plan de la Création. Il est, à n'en pas douter, le symbole de la matière transfigurée et ne peut mieux nous faire préssentir notre propre transfiguration qu'aucune autre matière (sinon les pierres dites "précieuses" mais inutilisables en pigments).
C'est, par là même, la reconnaissance, de la compréhension du message que nous adresse "Celui qui a tout fait avec Sagesse".
 
Cela précisé, nous ferons remarquer, quitte à nous répéter, que la feuille d'or posée sur les fonds atteste de la signification des cieux et non pas du ciel. L'iconographie traditionnelle représente toujours les Saints au delà de leur stricte incarnation. On ne fixe pas leur image "un jour particulier de leur existence à un endroit précis", mais "une fois pour toutes". C'est à dire "au Royaume des Cieux".
 
Pour ce qui est du nimbe, nous dirons que sa détermination par le cercle (1) témoigne de la transfiguration "personnelle" du Saint. Certains ont parlé de rayonnement. Ce terme porte tellement à confusion de nos jours, surtout lorsqu'on l'associe à "l'aura" et toutes les ambiguités qui l'accompagne, que nous préférons garder de la prudence bien que le terme ne soit pas faux.
(1) L'auréole de ce dernier est, en quelque sorte, une parcelle rayonnante de la totalité des Cieux.
 
Une remarque encore plus importante sur l'Icône et la feuille d'or s'impose :
La technique de la pose de cet or suppose le brunissage de la feuille à l'aide d'une pierre d'agate. Le brunissage permet de passer d'un aspect relativement mat à une brillance miroitante. Cette opération nous amène à penser que la vénération qui consiste à s'approcher, se signer, embrasser l'Icône et poser son front sur sa surface nous enseigne que non seulement nous vénérons cette représentation sacrée et mieux encore, nous nous approchons de celle-ci comme de notre propre image spirituelle (non encore effective).
L'Icône est non seulement une fenêtre ouverte sur l'au-delà mais aussi un miroir spirituel (que nous ne percevons pas encore comme tel). C'est ce qui nous a, dès le début de notre étude, amené à en rapprocher ce texte de Saint Paul (2Co.) :
"Et nous tous qui, à visage découvert, réfléchissons comme en un miroir la gloire du Seigneur, nous sommes transformés en cette même image, allant de gloire en gloire, comme de par le Seigneur, qui est esprit".
Nous comprenons alors comment le symbolisme du miroir peut s'envisager selon deux sens opposés :
le miroir ordinaire qui ne peut que nous renvoyer une image momentanée (voir notre réflexion sur l'art) avec le danger de n'y projeter que notre ego, et le second, le miroir spirituel, l'Icône.
 
 
La conclusion que nous pourrions tirer, quand à nous, est de dire que
- soit l'iconographe n'a pas la possibilité de poser l'or,
dans ce cas il n'est nul besoin d'en poser uniquement sur le nimbe et la détermination peut être un simple filet rouge (voir l'art de la fresque); les Maîtres disent que, dans cette éventualité, le peintre devra (avec subtilité) substituer à l'or la teinte des blés mûrs (et non pas des teintes sombres et lourdes),
- soit, aucune raison valable ne l'en dispense,
il suit alors ce que nous avons dit plus haut à savoir que la gravure bien affirmée dans le levkas donnera, une fois l'or posé, l'effet d'un cercle suffisant, discret et lumineux. Bien entendu, cela suppose un apprentissage puis un travail long et contraignant qui, nous l'espérons, ne constitue pas la raison de son abandon.
 
Enfin, nous dirons bien volontiers que nous préférons voir l'or sur les Icônes plutôt qu'à la banque, puisqu'il ne correspond même plus à l'étalon des échanges entre les hommes et les peuples.
 
 
 
 
L'évolution du nimbe en 3 siècles
 
La mauvaise compréhension de la représentation du nimbe a entrainé bien entendu des dérives,
parfois grotesques, qu'on peut facilement constater dans l'art religieux occidental.
En survolant la période italienne allant du XIV éme au XVI éme siècle on peut suivre l'évolution du nimbe.
 
Début du XIV ème siècle
 
.
 
Les peintres Martini, Lorenzetti (ci-dessus)
et leurs écoles suivent la règle qui est la nôtre, mais de plus en plus ,
le nimbe se complique de motifs ornementaux gravés.
 
 
Fin du XIV éme
 
Altichiero vers 1390
Pour la première fois on voit un personnage
de 3/4 dos qui n'est autre que Saint Jean dont l'auréole
a pivoté et ressemble à un chapeau.
 
 
Début du XV ème
 
....
Masaccio affirme ce type de représentation,
Mantegna dessine (vers 1460)
un disque en équilibre sur la tête
 
 
Fin du XV ème
 
........
Verrochio poursuit dans ce sens
en alourdissant
encore un peu le disque
Marco Zoppo (vers 1480) va encore
plus loin en donnant une
épaisseur à ce disque
 
 
Début du XVI ème
 
..........
Raphaël conserve encore un très léger filet à peine
perceptible, pendant que Léonard
de Vinci à abandonné toute représentation du nimbe
dans la seconde période de son oeuvre.
Tintoret trouve une autre solution avec une luminosité
autour de la tête.
Puis, au cours de ce siècle, la représentation
s'éloigne de plus en plus du sacré
pour aller vers la "religiosité et le profane".
 
 
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