L'ATELIER DES DEUX SAINTS JEAN, 
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De la Symbolique des couleurs

La symbolique de la couleur en iconographie est souvent abordée avec une grande discrétion, voir passée sous silence. Très souvent les indications sont d'ordre général sans plus d'explication. Il est toutefois possible d'aller un peu plus loin en suivant certaines données universelles car il va de soi que chaque couleur a sa propre symbolique liée à "la nature même des choses", mais celle-ci se complique dans la mesure ou elle est double et de sens opposés.
Pour prendre l'exemple du rouge auquel nous avons déjà fait allusion ailleurs (Icône de la Saint Trinité), il signifie à la fois l'amour (Divin) et la haine (et le meurtre). On peut aussi penser aux autres couleurs y compris le noir et le blanc dont leurs significations opposées ne sont pas bien difficiles à déterminer :
le vert, comme espérance ou à l'inverse, perdition.
le blanc, "couleur" de la pureté (baptême, mariage) et mort (le linceul, et couleur de la peau du défunt).
Du reste, les expressions populaires comme : rouge de colère, vert de rage, blanc comme un linge, le bleu dans l'âme, jaune pour le traître, gris pour l'ivrogne ou les idées noires attestent de cette signification négative des couleurs.
 
Il est impossible d'échapper à ce double sens sans tomber dans des contradictions.
Il en va de la couleur comme de tout symbole authentique.
 
Et si l'on s'accorde sur la base symbolique suivante :
Le Rouge (chaud)
positif : intensité et Amour divin ,
négatif : agressivité et meurtre
Élément et sens : feu, la vue
Le Bleu (froid)
positif : le calme, la profondeur, la contemplation ,
négatif : ignorance, oisiveté, nostalgie
Élément et sens : l'air, l'odorat
Le Jaune (chaud)
positif : rayonnement (l'or en iconographie), joie spirituelle
négatif : la traîtrise, le reniement
L'Orange (chaud)
positif : émotion vive, jeunesse
négatif : excès, versatilité
Le Violet (froid ou chaud)
positif : gravité, solennité, vieillesse
négatif : acidité, danger
Le Vert (froid ou chaud)
positif : contemplation, espérance,
négatif : putréfaction, perdition
Élément et sens : l'eau, le goût
Les bruns et les terres (argiles) (ni chaud ni froid)
positif : la terre mère, la matière noble, la fertilité, la créativité
négatif : la pesanteur, la matière vile, le péché, la stérilité
Élément et sens : la terre, le toucher
Le Noir (ni chaud ni froid)
positif : ténèbres spirituelles, ascètisme,
négatif : ténèbres extérieures, fermeture, errance spirituelle
Le blanc (ni chaud ni froid)
positif : naissance, pureté, réalisation spirituelle, transfiguration,
négatif : mort, vide, insensibilité,
Élément et sens : l'éther, l'ouïe
 
Alors, une question s'impose immédiatement : comment savoir à quel moment nous utiliserons le sens positif ou le sens négatif ?
À cette question nous devons répondre selon l'enseignement très oriental :
le Maître dit : « Sache que le rouge est expression d'Amour. Sache aussi que le rouge est expression de haine et de meurtre ! »
« À quel moment saurais-je si j'exprime l'un ou l'autre ? » demande le disciple.
Le Maître reste silencieux, il semble ne pas avoir entendu. Le disciple renouvelle sa question.
Le Maître le regarde en souriant de telle manière que, du sourire à l'attente du disciple, le silence parle : « Comment pourrais-je te répondre si tu ne le sais pas toi-même ! »
Cette réponse, selon les indications qui nous sont données, est une invitation à l'éveil de la Conscience.
Certains penseront que cette réponse n'est pas "scientifique et rationnelle" et ils auront raison en même temps que tort. Car dans la discipline iconographique il n'est pas question de raisonnement ni de théorie savante, mais d'expérimentation dans le sens de "réalisation".
 
De plus il faut savoir que ce qui est exprimé précédemment est incomplet ou partiel.
En effet l'étude des couleurs se complique lorsqu'on comprend que chacune possède sa propre symbolique, comme nous venons de le dire, et cependant celle-ci va se trouver modifiée ou infléchie lorsqu'elle s'intègre à une harmonie de plusieurs couleurs. Cette modification ne lui supprime pas son sens initial mais lui surajoute, en quelque sorte, une nouvelle vibration optique par confrontation aux autres couleurs. L'harmonie de couleur va donc déterminer une autre approche qui agira sur l'oeil du spectateur comme l'harmonie musicale sur l'oreille. Une note de musique en soi ne se détermine que par un son "unique" (et multiple à la fois puisqu'il implique par nature ses basses et hautes harmoniques) ou "primaire" comme la lettre de l'alphabet et son phonème. C'est l'assemblage de plusieurs sons ou de plusieurs lettres qui va constituer un "langage".
 
En matière picturale un autre paramètre intervient. C'est l'ensemble des formes et l'espace qu'elles occupent, autrement dit : la "composition". Ce point est d'une extrême importance parcequ'il peut modifier l'appréhension de l'harmonie de couleur suivant ce que nous nommons "la dominante" aussi bien que l'équilibre général. Si une surface rouge s'étend sur la plus grande partie de l'Icône, l'impression sera évidemment différente du cas où le rouge n'occupera qu'un espace réduit à sa plus simple expression.
 
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Voici deux Icônes de formats assez proches et dont les dominantes sont différentes. L'effet optique s'en trouve évidemment modifié. L'importance du rouge dans l'une (Prophète Elie) tire l'hamonie vers cette dominante alors que sur la nativité cette couleur est moindre et la dominante harmonique est attirée par les ocres et l'or.
 
Et comme si cela n'était pas suffisant, la juxtaposition de plusieurs couleurs simples impose encore une autre compréhension.
Pour exemple citons le langage héraldique (blasons) des émaux et métaux dont les "pavillons" des différents pays sont issus,
ou encore l'attribution symbolique de certaines couleurs élémentaires aux vertus cardinales, foi, espérance et charité : rouge, vert, blanc (pavillon de l'Italie).
 
En Iconographie il est très rare de se trouver dans ces derniers cas de figure. De plus les différents styles (harmoniques) iconographiques sont souvent contraints par les matériaux (pigments de couleurs) dont va disposer l'artiste.
 
Pour exemple on doit signaler que bien souvent les iconographes ont utilisé le vert à la place du bleu. Pourtant le sens symbolique sera le même. Tous ceux qui ont voulu rationaliser la symbolique des couleurs se sont heurtés à cette difficulté. En fait, il faut avoir sur cette question beaucoup plus de souplesse et de subtilité. Du reste, le vert est composé de bleu et de jaune
 
La Couleur et la Transfiguration
Si nous appliquons le principe de synthèse dans cet exposé, nous dirons que la symbolique des couleurs repose sur le thème central de la quête spirituelle chrétienne : la transfiguration/résurrection*.
*Ce n'est pas le hasard si la réalisation (à un certain stade de l'étude) de l'Icône de la Transfiguration atteste de la "maîtrise" de l'iconographe.
De plus, le jaune n'est pas utilisé puisque c'est l'or qui le signifie. Ce point est d'une extrême importance en ce qu'il témoigne de ce que nous ne cessons de répéter : l'abandon de la vision ordinaire du monde.
 
Ainsi, la base symbolique des couleurs sera constituée du complémentaire:
argiles (et leurs innombrables nuances) et or.
Cette affirmation peut paraître simpliste et pourtant nous devons y être attentif. Ce principe élémentaire se fonde sur le sens que revêt, au plan de la Création, la transmutation de la terre dite vile en matière "noble" ou "précieuse". De tout temps cette "transmutation" a été considérée comme un signe que nous adresse "Celui qui a tout créé avec sagesse". De même, la "métamorphose" de certains animaux ou insectes est considérée comme signe de la transfiguration-résurrection.
 
L'iconographe, jusqu'à preuve du contraire utilise les matériaux que Son Créateur a bien voulu mettre à sa disposition ...
On sait bien que les terres sont utilisées depuis la nuit des temps, principalement les argiles. Rappelons-nous l'acte (symbolique par excellence) Créateur Originel : Dieu prend de l'argile (adama : terre rouge) modèle l'Homme à son Image et lui insuffle le souffle de vie (l'anima : l'âme). On sait aussi que les nuances des argiles vont des couleurs les plus chaudes au couleurs les plus froides. Les différents minéraux (qui sont aussi considérés comme des mutations de la matière primaire) broyés finements ont ajouté ensuite leurs riches teintes à la palette des artistes aussi bien que les dérivés des métaux comme le cinabre issu du mercure ou les verts issus du chrome.
 
Qu'il nous soit permis ici de reproduire une partie de l'hymne acathiste à l'Esprit Saint que nous avons inséré volontairement dans la prière de l'iconographe.
 
Viens en nous, Très sage Artiste de l'univers !
Viens, Sublime dans la moindre fleur comme dans l'astre céleste !
Viens, diversité indicible et Beauté Éternelle !
Viens et illumine le sombre chaos de mon âme !
Viens et fais de nous une nouvelle créature en Christ !
Viens, Consolateur, Esprit Saint, et demeure en nous !
 
Cet Hymne atteste de l'attention que nous devons porter à tout ce que Le Principe Divin a établit avec Sagesse. Cette "totalité" est formée d'autant de Signes qu'Il nous laisse afin que nous "comprenions". L'incarnation, en ce sens ne change rien, elle nous le confirme.
 
Le spectre des couleurs et les "complémentaires"
Quoi qu'il en soit, il est important de reprendre l'étude de la couleur par le début. L'établissement, du spectre des couleurs envisagé comme diffraction de la lumière : l'arc-en-ciel. Nous l'avions brièvement exposé dans le texte consacré à la l'Icône Sainte de la Sainte Trinité, voici le rappel du schéma de ce spectre:
L'établissement de couleurs primaire aux pointes du triangle à l'endroit et les couleurs complémentaires aux pointes du triangle à l'envers. Les "complémentaires" sont celles qui sont diamétralement opposées aux primaires : rouge/vert - jaune/violet - bleu/orange. Elles résultent, bien entendu, du mélange de deux couleurs primaires
 
On peut complèter et compliquer ce spectre en rajoutant les triangles intermédiaires et en installant dans les pointes le mélange des couleurs qui les précèdent et les suivent. Nous obtenons un spectre qui figurera plus précisément les couleurs de l'arc-en-ciel.
 
Sur cette représentation on peut voir que le centre resté blanc et l'extérieur noir indiquent le complémentaire ténèbre-lumière duquel procède la diffraction laissant apparaître la pluralité des couleurs ; qu'on peut restituer par le passage de la lumière dans un prisme de verre ou simplement en observant l'arc-en-ciel.
Mais ! ... Nous ne sommes là qu'en présence d'un principe qui n'explique pas les rapports de couleurs.
Pour cela il convient (par exemple) de considérer les complémentaires entre elles.
On peut s'apercevoir que ces rapports de couleurs créent une vibration très agressive. La zone de transition entre elles est "mouvante" et interdit presque de fixer son attention sur une seule couleur.
Ces rapports difficiles (mais pas impossibles) à intégrer dans une réalisation artistique deviennent plus simple lorsqu'on supprime la transition en ajoutant une teinte intermédiaire neutre.
Maintenant en modulant ces couleurs sans en changer la base, nous allons pouvoir créer des harmonies plus intéressantes :
Ces exemples qui peuvent se multiplier sans fin avec toutes les complémentaires secondaires nous confirment qu'il y a toujours avantage à utiliser des rapports de couleurs plus subtils.
Lorsque nous signifions telle ou telle symbolique pour les couleurs simples, il faut le comprendre comme principe élémentaire sachant qu'en iconographie nous avons plus affaire à des harmonies qui se doivent d'être "justes". Là encore la relation que nous pouvons faire avec le chant polyphonique est évidente.
Pour ne pas conclure, car ce sujet reste ouvert, nous reviendrons sur l'absolue nécessité d'envisager l'étude de la couleur en incluant, à la fois la sobriété et la justesse des harmonies, la composition et son équilibre qui doit faire l'objet d'une étude spécifique et la "dominante" qui va déterminer le "caractère" particulier de l'Icône.