L'ATELIER DES DEUX SAINTS JEAN, 
LES JANINS 45220 (LOIRET)  MELLEROY  - FRANCE - TEL : 02 38 95 39 43
Sommaire : L'Icône : une discipline spirituelle - Les Icônes - 
Cours et stages d'iconographie - Réflexion sur l'art - Expositions - Traité de peinture - 
Scénographie - Affiches de théâtre - Peintures - Graphisme - Illustrations
 

La quête spirituelle, l'iconographie orthodoxe et sa transmission Cette introduction constitue le pivot de notre démarche iconographique 

 

On peut être surpris par le ton de nos réflexions publiées dans ce site. Il faut savoir que la sensibilité chrétienne orientale (orthodoxe) se distingue notablement, dans sa définition même, de la sensibilité occidentale (catholique). Ainsi, lorsque l'église catholique se durcit quant aux questions strictement humaines et éthiques, elle devient plus floue quand aux dogmes et la "Tradition" dans toutes ses disciplines sacrées et modalités d'applications. L'église orthodoxe, elle, applique un principe inverse qui consiste à être très ferme quant à la transmission et le respect de la Tradition ; bienveillante et attentive à la fragilité de la nature humaine, ce qui ne veut pas dire laxiste. Notre fragilité tient de la nature même de notre humanité et de notre absolue liberté, notre force aussi.

Pour le Père Cyrille Argenti, le christianisme n'aura d'avenir qu'à trois conditions : " que tous les fidèles se sentent responsables de leur Église, que l'institution écclésiale transcende ses pesanteurs sociologiques, que le temps des tièdes - que le Christ vomira de sa bouche - prenne fin".

Aujourd'hui, se faire l'écho de la Vérité ne peut que heurter la mentalité contemporaine ; il est admis, soit que la Vérité n'existe pas, ce qui supprime du coup le concept même d'objectivité, soit qu'il y a une indéfinité de vérité, ce qui laisse le champ libre à toutes les possibilités, y compris les plus absurdes. Nous ne voyons pas pourquoi nous devrions nous aligner sur cette mentalité. Ce que nous disons pour notre part, dans le cadre de l'orthodoxie, c'est que la Vérité n'appartient, bien entendu, à personne et cependant nous ne devons pas la masquer (puisqu'elle s'exprime par les Écritures Saintes, les Pères de l'Èglise et l'iconographie byzantine) ou l'arranger à notre guise, même si son affirmation doit mettre en lumière notre propre indigence. C'est ainsi que lorsque nous abordons les problèmes de "Transmission", nous n'acceptons pas de nous incliner devant la mentalité contemporaine (mondaine). Aller de concession en concession ne peut aboutir qu'à l'abandon de certains principes élémentaires intimement liés à l'Écriture Sainte et la Connaissance discrète des Grands Maîtres iconographes. Que l'on n'attende pas de nous un ronronnement théologique lénifiant s'accommodant de tout et surtout de ce qu'il y a de plus contraire à ... la Vérité !

Conformément au principe de l'approche orthodoxe, ceux qui nous ont fait l'honneur d'accepter notre enseignement le savent bien, il nous est fait devoir d'être attentif à la fragilité de chacun, du respect de sa main (son "écriture") en le guidant de notre mieux et surtout en intervenant directement le moins possible sur leur travail ...

... tout en affirmant la stricte nécessité du respect et de l'imitation des "Archétypes". La Perfection et la Dignité demeure le but de notre quête tout comme la sainteté l'est de tout cheminement spirituel, quand bien même nous ne puissions nous illusionner sur notre propre dignité, sachant aussi que rien ne peut remplacer la volonté et l'effort individuel. L'expérience nous a aussi souvent enseigné que, parfois, l'humour pouvait faire accepter l'observation des erreurs. Il est absolument nécessaire de soulager la part contraignante de la discipline aussi bien que de lever la tentation, pour le maître, de se donner des allures de "gourou" sombre et mystérieux. Un peu de simplicité n'exclut nullement la rigueur ... Il y a donc une distinction à faire entre l'approche pédagogique attentive aux difficultés de l'apprentissage et l'affirmation très ferme de certains principes transmis par les Maîtres, ce qui demeure la raison d'être de nos réflexions.

Maître Eckhart (un latin -1260/1327) dans l'ouvrage intitulé, "Les Traités", exprime très bien cet aspect de la sensibilité spécifique à l'orient et bien connu de l'occident de son époque.

"L'inclination au péché n'est pas péché, mais vouloir pécher est un péché, vouloir se mettre en colère, c'est un péché. En vérité, l'homme juste, s'il pouvait réaliser son souhait, ne devrait pas souhaiter d'être débarrassé de cette inclination, car sans elle, l'homme serait dans l'incertitude en toutes choses et en toutes oeuvres, il ne serait pas sur ses gardes vis-à-vis des choses, il serait frustré de l'honneur du combat, de la victoire et de la récompense. Car l'inclination et la tendance au péché ont pour conséquence la vertu et la récompense de l'effort. En effet, cette tendance remplit l'homme d'un zèle plus grand à s'appliquer toujours plus fermement à l'exercice de la vertu, elle l'incite puissamment à la vertu, c'est une forte discipline qui met l'homme en garde et le pousse à la vertu. Car plus l'homme se sent faible, plus il doit s'armer de force et de victoire, la vertu comme le péché résidant dans la volonté". (instructions spirituelles)

Nous constatons que la notion de péché ne relève pas d'une "culpabilité" mais d'une entrave paralysante de la même manière que l'ignorance d'un métier ne permet pas de l'exercer convenablement. La nécessité de l'effort dans la connaissance, affirmée en toute chose, est donc la condition de la nature humaine.

Ce texte exemplaire de l'expérience spirituelle de Maître Eckhart peut très bien s'adapter littéralement à notre pédagogie et au schéma de l'apprentissage du "Métier". Ainsi l'étudiant n'est pas fautif de son ignorance, il ne le devient qu'à partir du moment où il commence à savoir et n'admet pas de se corriger. Lorsque l'étudiant dessine, il ne doit pas se priver de ses erreurs (avec une gomme, par exemple) mais les affirmer afin de les identifier et apporter les corrections nécessaires avec l'aide du maître. De cette manière, il va développer son esprit (auto)critique et sa concentration. Ses erreurs doivent lui profiter ...