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L'ICÔNE : UNE DISCIPLINE

SPIRITUELLE

Il n'est pas simple, aujourd'hui, de présenter et d'expliquer ce qu'est l'Icône. Ce terme qui signifie "Image" est tellement dévalorisé, banalisé, détourné de son sens originel qu'il nous semble nécessaire de faire "une sérieuse mise au point".

Nous vivons dans un temps où il n'y a plus de place pour le compromis, la demie-teinte. Tout nous porte à penser que l'affirmation d'une culture authentiquement chrétienne ne peut qu'aller à la rencontre des autres cultures authentiques. Ceci n'a rien d'original mais les circonstances imposent de le redire.

Face au monde tel que nous l'observons aujourd'hui, les réponses aux absurdités contemporaines se doivent d'être honnêtes, empreintes de sagesse et d'amour effectif (et non virtuel) pour son prochain. Ce prochain qui peut être n'importe quel être humain à commencer par celui qui est à côté de soi, quel qu'il soit et qui peut être susceptible de croiser le regard des oeuvres dont nous portons la responsabilité.

Cette présentation de l'Icône (Image sacrée) veut aller dans ce sens en exposant rien d'autre que ce qui nous a été transmis et que nous savons par l'étude et la pratique.

Pour les anciens (de quelque peuple qu'ils fussent), il n'était pas pensable de représenter n'importe quoi parce qu'ils savaient que toute représentation au même titre que toute parole trouve un écho au plus profond de l'âme humaine et de l'univers même (d'où cet axiome : le verbe est créateur). Ainsi, toute image devait édifier et donc, par nature, toute représentation devait être sacrée. Ce qui explique que le terme Icône est resté pour exprimer la représentation sacrée. Tel n'est plus le cas aujourd'hui ; au point même que ce mot est utilisé pour signifier tout ce qu'il y a de plus profane quand le terme "image" devrait suffire. D'ailleurs on pourrait faire la liste de tous les termes détournés de leur véritable sens : tradition, orthodoxie, religion, symbole, personnalité, initiation, rituel, etc. Nous pensons que cela n'a rien d'innocent et que l'intention est bien de détruire tout ce qui est susceptible d'aider l'individu à se connaître et à "s'élever"et surtout profaner tout ce qui peut l'être et non pas comme certains le prétendent d'assimiler ces détournements à une "évolution du langage".

N'oublions pas que si le verbe est créateur, il l'est vers le haut comme vers le bas ...

Une autre observation s'impose sur la question du langage. Il est de plus en plus de bon ton d'utiliser le terme d'écriture pour parler de la peinture de l'Icône : "nous écrivons une Icône". Dire qu'un iconographe écrit une Icône est, soit un pléonasme, soit un "snobisme" puisque le terme graphie signifie déjà écriture. Ce qu'il faut dire plutôt, c'est qu'on a oublié que l'écriture est en elle-même un dessin, une représentation qui, chez certains peuples est même sacrée : on peut penser à l'arabe, l'hébreu ancien, etc.

Pour ce qui est de notre alphabet d'origine greco-latine, il est même stucturé sur les formes primaires (cercle, carré, triangle) et leurs combinaisons.

Ces dernières remarques ne nous éloignent pas de notre sujet car si nous présentons l'iconographie comme discipline spirituelle, nous devons ajouter que de nos jours règne la plus grande confusion pour ce qui est de "l'art sacré".

Notre récente participation à un festival dit "d'art sacré" n'a fait que nous conforter dans ce constat navrant.

Une forme artistique peut sans doute avoir "l'intention de s'orienter vers une démarche spirituelle ou religieuse", ce n'est pas pour autant que cette démarche lui conférera, de fait, un caractère sacré ni même spirituel pas plus que religieux. L'intention ne suffit pas. Encore faut-il que l'artiste accepte avec simplicité et confiance, ce qui n'exclut nullement le discernement, de se situer lui-même dans une "Forme Traditionnelle Authentique", et de comprendre ce que nous ont transmis les Maîtres iconographes les plus incontestables : Théophane le Grec, Andréi Rublev, Manuel Pansélinos, Denis de la Fourna, Jovan le Zographe et d'autres dont on ne connait pas l'identité comme l'auteur grec de la Vierge de Vladimir. Pour notre part nous savons (et l'avons expérimenté) que le Christianisme Orthodoxe est dépositaire d'une "Sagesse Inspirée" ou mieux encore, "Révélée" (tout comme l'était le christianisme latin de l'époque romane). Celle-ci s'exprime pleinement tant en son cycle liturgique qu'en son art sacré, indissociables l'un de l'autre ; par art sacré, nous n'entendons pas seulement l'Icône peinte mais aussi la fresque, le chant, etc.

 

Église Orthodoxe de Saint Prix (banlieue parisienne)

 

La mentalité "latine" actuelle éprouve beaucoup de difficulté à envisager la fonction liturgique de l'art sacré. La conséquence immédiate en est de ne plus y voir que l'aspect décoratif, et qui plus est, lié à une présumée sensibilité contemporaine (le chant et la "messe" n'échappant pas à cette conséquence). Nous sommes là dans ce qu'il est convenu d'appeler une appréhension "mondaine" qui ne peut en aucun cas prétendre à la sacralité ni même au religieux.

L'art sacré, lui, par nature, affirme sa fonction ontologique, c'est-à-dire l'expression formelle et authentique de la connaissance de l'être. Cette qualité lui est spécifique et, n'en déplaise aux spécialistes de l'art, exclusive, de par son origine "non-humaine" (non faite de main d'homme). Qui connaît mieux la création que son Créateur ? Encore faut-il y croire ...

Mais ce propos vise davantage la conscience de chacun que le mental.

Il est assez curieux de remarquer que nos contemporains sont tout à fait capables de s'extasier et respecter scrupuleusement des disciplines "exotiques" édulcorées, voir détournées de leurs sens, sans même se poser la question de la croyance dont elles prétendent être issues, alors que ces mêmes contemporains vont mépriser une discipline comme l'iconographie en la qualifiant d'art du passé (ce qui est effectivement une qualité à nos yeux) ou "antiquité" pour ne lui accorder alors qu'une valeur mercantile.

Lorsqu'il s'agit de l'opinion d'artistes, de collectionneurs ou de galiéristes, cela ne fait que les discréditer eux-mêmes et ce n'est pas bien grave. Mais lorsque cette opinion est colportée par des responsables des églises chrétiennes, alors on serait en droit de dire qu'il y a là comme "un signe des temps".

Nous irons même un peu plus loin dans notre présentation en faisant une remarque sur la rupture d'avec la fonction ontologique de l'art :

La connaissance de l'être (au sens spirituel), puisque c'est bien de cela qu'il s'agit, ne peut en aucun cas s'appliquer à des amusements psychiques, voir microcosmiques ou macrocosmiques. Or, on peut constater qu'en occident, depuis la "renaissance" certaines activités se sont séparées de la quête spirituelle pour s'engager sur le terrain exclusivement matériel (les sciences dite profanes) et exclusivement psychique (les arts). Cette "séparation" d'une fonction ontologique ne pouvait que plonger l'individu dans une indéfinité d'expressions de l'ego (une des images de l'enfer).

Ce mode séparatif a des conséquences beaucoup plus dommageables qu'il n'y paraît. Il s'affirme, par nature, expression sectaire en son vrai sens. Et il n'y a rien d'étonnant à constater que ces formes d'expressions deviennent les véhicules de prédilection des innombrables mouvements et courants de pensées issus des sectes les plus diverses et variées. Nous pensons qu'il y aurait une étude à faire sur ce sujet d'autant plus que nous nous sommes aperçus que certains artistes contemporains, aidés en cela par nos pseudos philosophes (perdant de vue que la philosophie est l'amour/connaissance de la Sagesse), se réclament avec le plus grand sérieux d'une nouvelle "fonction ontologique" de l'art. S'il peut sembler que certaines pseudo vérités soient aussi indiscutables que le "progrès", rien ne nous empêche de les réfuter bien qu'étant nous-mêmes, rien d'autre que ce que nous sommes : c'est-à-dire un artiste qui prétend à cette "folie" d'avoir découvert le fameux trésor des contes et légendes, celui qui réside en secret au coeur de chacun et qui ne peut se placer à la banque.

Nous affirmons qu'aujourd'hui, pour ce qui est du monde chrétien, bien entendu, que seule l'Iconographie (en ses diverses techniques) peut se réclamer d'une fonction ontologique et c'est d'ailleurs une des raisons de leurs vénérations et de leurs places dans l'église et dans la liturgie.

Ce qui ne veut pas dire qu'un art profane soit impossible. Il doit seulement respecter la nature humaine et rester à sa place.

Nous pourrions toutefois nous demander dès maintenant : "que laisserons-nous à nos enfants ?".

Qui a des oreilles pour entendre, qu'il entende.

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