L'ATELIER DES DEUX SAINTS JEAN, 
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Histoire de la Sainte Face,
"l'image non faite de main d'homme"
 

À gauche : Icône représentant le roi Abgar recevant le "Mandilion"
(monastère Sainte Catherine - Mont Sinaï)
et à droite : version contemporaine réalisée par Alain Dufourcq

 

Le roi d'Edesse(1) Abgar était lépreux ; il entendit parler des miracles du Christ et lui envoya son archiviste Hannan (Ananias) avec une lettre, dans laquelle il demandait au Christ de venir à Edesse pour le guérir.

(1) Ce royaume d'Edesse était situé sur l'actuel site de la ville d'Urfa en Turquie. Il semble bien que ce Royaume soit à l'origine de la communauté arménienne.

Hannan était peintre et, au cas où le Christ refuserait de venir, Abgar lui recommanda de faire le portrait du Seigneur et de le lui apporter. Hannan trouva le Christ entouré d'une grande foule et ne put rester auprès de lui. Il monta donc sur un promontoire d'où il pouvait mieux le voir. Il essayait de faire le portrait du Seigneur, mais n'y parvenait pas "à cause de la gloire indicible de Son visage qui changeait dans la Grâce". Voyant qu'Hannan désirait faire son portrait, le Christ demanda de l'eau, se lava, essuya Son visage avec un linge et sur ce linge Ses traits restèrent fixés. C'est pourquoi cette image est aussi connue sous le nom de "Mandilion", de mindil (mouchoir).

Le Christ le remit à Hannan et lui dit de le porter avec une lettre à celui qui l'avait envoyé. Dans sa lettre le Christ refusait d'aller lui-même à Edesse, car il avait une mission à accomplir. Il promettait à Abgar, une fois cette mission terminée, de lui envoyer un de ses disciples. Quand il reçut le portrait, Abgar guérit du plus grave de sa maladie, mais garda encore quelques atteintes au visage. Après l'Ascension, ce fut l'apôtre Saint Thaddée, un des 70, qui vint à Edessse, acheva la guérison du roi et le convertit. Sur le portrait miraculeux du Christ, Abgar fit écrire ces parôles : "O Christ Dieu, celui qui espère en Toi ne périra pas". Il fit enlever une idôle qui se trouvait dans une niche au-dessus d'une des portes de la ville et y plaça la Sainte Image. Abgar contribua beaucoup à la propagation du christianisme parmi ses sujets. Mais son arrière petit-fils revint au paganisme et voulut détruire l'image de la Sainte Face. L'évêque de la ville la fit alors murer après avoir placé devant elle, à l'intérieur de la niche, une lampe allumée. Elle fut ainsi sauvée.

Si l'histoire s'arrêtait là on pourrait penser à une légende mais l'histoire se poursuit.

La Sainte Face réapparait en 544 ou 545. Au cour du siège que le roi des Perses Chosroës imposa à la ville d'Edesse, un songe révéla à l'évêque Eulalius l'endroit ou se trouvait la niche qui protégeait l'Icône. L'histoire rapporte qu'ayant enlevé les briques qui obturaient la niche, l'Evêque et son entourage trouvèrent la lampe encore allumée devant le Saint Voile. La Sainte Face était non seulement intacte mais s'était imprimée sur les briques de la niche. Il est mentionné que par la vertu de l'Image, la ville d'Edesse fut épargnée.

Un document exceptionnel (manuscrits de Jean Skylitzès, bibliothèque Nationale de Madrid) atteste de la remise du Mandylion à l'empereur de Constantinople le 15 août 944.

Certains théologiens insistent sur la légitimité de la représentation iconographique par l'incarnation du Verbe de Dieu. Sans réfuter cette thèse, nous dirons qu'elle est non seulement incomplète mais d'une certaine manière réductrice. En effet, si la loi mozaïque interdit la représentation, on peut faire observer que le Christ lui-même nous dit qu'il n'est pas venu changer le moindre iota aux écritures saintes, mais les accomplir. L'histoire de la Sainte Face nous enseigne que c'est le Christ lui-même, de son vivant, qui imprime son visage sur le Mandylion. Ce qui n'a rien à voir avec le Suaire de Turin. Le Suaire est une relique, la Sainte Face, un archétype iconographique. C'est donc le Christ qui légitimise la représentation. Il aurait très bien pu s'en tenir à l'interdiction. Personne ne le lui aurait reproché.

Lorsque Jésus commence son "ministère", son enseignement s'inscrit dans le cadre de ces écoles sprituelles directement ratachées à cette grande Tradition issue d'Abraham, d'Isaac et de Jacob. (on peut d'ailleurs penser à l'enseignement de Saint Jean "le Baptiste"). Nous avons souvent le tort de nous en tenir à une appréciation en quelque sorte "militante" sans chercher à resituer certains événements dans leur contexte d'origine. Mais celà tient aussi à ce que nous éprouvons la plus grande difficulté à comprendre les sociétés de "type" Traditionnelles. L'incarnation du Verbe de Dieu ne justifie rien, elle Est.

En revanche, la providentielle demande du roi Abgar est très surprenante puisqu'il demande à son scribe Hannan de faire le portrait de Jésus ; il ne pouvait pas ignorer l'interdiction de la représentation. Cette audace suscite une réponse de "Notre Seigneur Jésus-Christ" qui, de sa propre volonté, passe outre l'interdiction.

Les Évangiles ne nous enseignent-ils pas que ce n'est pas la première fois que le "Fils de l'Homme" fait tomber un certain formalisme ! De ce fait, il réactive la Tradition dans laquelle il s'inscrit, il ne la change pas. Chaque fois que son intervention semble aller à contre-sens de certains préceptes, il régénère la Révélation par son enseignement. Sous forme de boutade on pourrait ajouter "qu'Il peut se le permettre"...

Réflexion sur la symbolique de la Sainte Face

La Tradition iconographique retient donc deux représentations de la Sainte Face ; l'original (le Mandilion) et la Sainte Face, le visage imprimé(2) sur la brique qui ne comporte plus, naturellement, le tissus.

(2) Certains ont voulu voir en ce principe la légitimité de la reproduction industrielle collée sur une planche. Si chacun s'accommode comme il peut de ses intentions les plus médiocres, il y a tout de même des limites. Nous verrons plus loin que ce principe d'impression graphique n'a rien à voir avec la symbolique qui concerne le Mandilion et la Sainte Face. L'Icône dite "non faite de main d'homme" répond d'elle même sur un premier point. Nous espérons que la mauvaise foi n'ira pas jusqu'à remarquer que la machine qui imprime n'est pas la main de l'homme, car dans ce cas ce sera la chaîne graphique qu'il faudra vénérer... peut-être que les "certains" auxquels nous pensons s'y sont déjà employé...

Maintenant partant de l'évidence qu'un fait miraculeux a nécessairement un sens profond on se doit d'examiner la Sainte Face en son schéma directeur tel qu'il nous a été transmis par les maîtres (nous envisageons ici l'Icône peinte sur bois sans le voile).

 

Nous avons

- la planche, un carré (symbole du monde et non pas de la terre),

- dans lequel s'inscrit un cercle (l'auréole - le nimbe, symbole des cieux donc de la sainteté et non pas du ciel),

Note : sur la représentation proposée ci-dessus, le nimbe est simplement gravé dans le levkas et n'est visible que sur l'original.

- la Croix qui trace les deux axes du carré mais aussi du cercle.

Si on s'en tient à une définition géométrique on se rend à l'évidence qu'un cercle ne peut avoir qu'un seul centre. Celui-ci ne peut être défini véritablement que par l'intersection de deux droites (puisqu'un point si petit soit-il est déjà une surface et ne peut donc définir un centre) ; nous avons alors la croix.

Cet unique centre signifié par la croix (intersection des deux droites) ce trouve être commun au carré (le monde) et au cercle (les cieux). Il est à peine besoin de faire remarquer que le visage du Christ semble surgir du centre. Il est en quelque sorte la «manifestation» de ce centre unique.

Le centre du cercle (cercle/cieux) est unique comme l'est Dieu (Principe Divin) et se manifeste dans le monde (le carré) par la croix (signe qui atteste par l'Incarnation, l'acceptation de la condition humaine y compris la mort envisagée alors comme passage au même titre que la naissance).

Cette représentation en son extrême simplicité nous ramène au principe même de la voie Chrétienne : l'Incarnation du Verbe de Dieu.

Une petite remarque s'impose : les deux axes de la Croix indiquent quatre directions de l'espace, le regard de Notre Seigneur Jésus-Christ implique les deux autres directions (d'arrière en avant). Nous avons là le schéma du signe de la Croix complèté par la prosternation (métanoïa). Ce qui précède se trouve conforté par le shéma des 6 mêches (2 pour la barbe et 4 pour les cheveux) et renvoie à une symbolique importante et très ancienne ayant trait à "la source" qui s'écoule du sommet de la montagne par les 4 versants. Du reste, mentionnons que la représentation des cheveux est toujours en rapport symbolique avec l'ondoiement de l'eau et sans aucun doute avec le son ... donc le verbe.

Symboliquement lorsque le fidèle se signe et se prosterne, il situe le Christ en son propre centre que la Tradition signifie comme le coeur. S'il n'y a pas lieu ici d'aborder dans toute son ampleur le thème si important de la prière de coeur nous pouvons tout de même signaler son importance et sa première expression par l'Icône et particulièrement la Sainte Face. Un détail* de l'Icône de la réception du Mandylion par le roi Abgar, qui peut sembler à première vue le fait du hasard, nous invite cependant à réfléchir sur cet aspect de la prière du coeur et sa forme ascétique (hésychasme) discrètement figurée. Il s'agit de la forme des plis du vêtement située sous le Mandylion. Nous laisserons ceux qui le souhaitent en faire eux-mêmes l'observation ...

*Détail qui atteste de ce que nous ne cessons de répèter quant à la "voie iconographique" ou "discpline spirituelle" et qui impose à l'iconographe d'envisager son office "en ampleur", dans la dignité d'une "tension vers la perfection". Il nous est fait devoir d'écarter cette discipline du concept d'art (au sens moderne du terme) en même temps que de développer : la beauté, la dignité affiner notre main et tendre vers la perfection.

Profitons de cette remarque pour ajouter à ce qui vient d'être dit la chose suivant : La niche ou mieux la "cavité" dans laquelle fut caché le Mandilion revêt un sens très intéressant. Toute cavité, niche ou grotte a toujours été en rapport avec le coeur. La lampe qui ne s'est pas éteinte durant 4 siècles nous fait penser au souffle, à l'esprit. Il est dit que cette cavité était faite de briques, c'est à dire d'argile cuite. Le fait attesté que l'Image du Christ se soit imprimée sur le fond de brique nous indique la similitude qu'il peut y avoir avec le principe de la prière du coeur ; lorsque le Saint nom du Christ est répété sans fin, il s'imprime en nous et vit en nous qui sommes fait du même argile rouge (adama). Voilà à quoi correspond le symbole de "l'impression" de la Sainte Face sur la brique, ce qui n'a strictement rien à voir avec l'abusive manie de fabriquer industriellement de fausses icônes. L'Icône doit être Une comme chaque créature est Une en soi. La duplication, c'est l'image du clonage. Elle ne peut servir que les "marchands du Temple"...

L'Icône de la Sainte Face est la Première Icône. Elle constitue en elle-même la Cause de la représentation. Elle initie et achève toute démarche iconographique et pourrait être la première et la dernière réalisation de l'iconographe.

Nous n'encouragerons jamais trop l'élève à commencer son étude par cette Icône si simple qu'elle peut constituer l'acte de naissance du futur iconographe en même temps qu'elle contient en elle-même la totalité de l'art sacré comme l'unité contient en soi l'indéfinité des nombres ou le Premier Adam la totalité de l'humanité.

Nous avons souhaité exposer brièvement cette synthèse de l'Icône de la Sainte Face pour insister sur le fait que l'étudiant doit orienter de cette façon sa recherche s'il souhaite découvrir les tracés régulateurs des Icônes et non pas vers des schémas alambiqués que chaque nouvelle Icône va démentir. Il est facile de trouver des tracés intéressants sur toute oeuvre dont la composition est harmonieuse. Cela ne veut pas dire pour autant que l'artiste ait utilisé ces mêmes schémas pour la réaliser et de toute manière ce n'est pas en celà que peut résider le symbolisme.

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