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Ecrire ou peindre une Icône ?

Les élèves me posent invariablement cette question.
Je constate aussi que, de plus en plus, on utilise l'expression "écrire une Icône" en prenant l'air mystérieux de "grands initiés"... d'élus parmi les élus !!!

Il est vrai que depuis plusieurs années, l’habitude semble définitivement prise d’utiliser le verbe “écrire” pour signifier la réalisation d’une Icône. Évidemment, pour ceux qui ont une formation artistique sérieuse, il y a là quelque chose d’un peu surprenant, voire même d'un peu ''ridicule''.

En examinant de plus près cette étrange façon de nommer la mise en œuvre de notre discipline sacrée, on s’aperçoit que certains avaient probablement souhaité, pour des raisons qui pourraient paraître louables, de distinguer, dans l’éventail des arts plastiques, la spécificité spirituelle et sacrée de l’Icône en s'appuyant sur l'expression qu'utilisaient les ''anciens".

Rappeler que ces anciens évoquaient “l’écriture d’une Icône” – selon l’argumentation la plus fréquemment avancée - tient, en réalité, au fait que le terme grec (ancien) graphein signifie “écriture”. Cela ne doit pas nous faire oublier que le sens de “graphein” s’applique à tout ce qui est issu de la réflexion, prolongée par la main.

Notre langue (française), n’ayant pas la possibilité, dans bons nombres de cas, d’inclure certaines subtilités ou extensions, il est à peine besoin de faire remarquer que ''iconographie'' n’implique pas plus le sens littéral d’écriture que photographie, scénographie, vidéographie, démographie, voire même, graphisme, etc...

Ce qu’il faut se remettre en mémoire, c’est qu’à l’origine l’écriture était un "dessin'' et ce l’est toujours. Et c'est sur ce point que devrait porter notre attention.
Certaines civilisations (chinoise, égyptienne...), attestent de cette évidence.
Dans la langue française, ''écriture'' ne suggère pas immédiatement (et même pas du tout) une pluralité de sens tels que :
dessiner, peindre, pas plus que calligraphier.

Même s'il en est qui invoquent le rapport qu'il peut y avoir entre les Saintes Ecritures et leur expression picturale ou même plastique, cela ne tient pas pour les mêmes raisons que j'indique.

J'irais même plus loin en rappelant la remarque que je fais dans mon ouvrage :
"Le langage (iconographique), lui, s'inscrit dans un registre qui s'apparente à l'enseignement même du Christ : la parabole. Celle-ci a recours aux images qui, en effet, ouvre sur un champ d'investigation propre à la pédagogie spirituelle. Pédagogie fondée sur les symboles authentiques".
(l'Art de L'Icône, page 7)

Il faudra bien, qu’un jour, certains comprennent (surtout les iconographes) qu’utiliser l’expression, ''écrire une Icône'', tient plus d'un ''sophisme'', au sens strict du terme, que d'une évidence inhérente aux multiples opérations techniques ; pas plus qu'à des considérations théologiques.

Ce n’est pas parce que quelques conférenciers professionnels en mal d’originalité, s’étant aperçu, comme il est dit précédemment, qu’iconographie comportait ''graphie'' (écriture) et ont "imaginé" de définir l’élaboration d’une Icône comme une écriture - comme pour se distinguer ou en imposer - plutôt qu’une peinture, qu’on doive les suivre sans ''réfléchir'' avec simplicité et sérieux.


Je suis iconographe, et aussi ''graphiste'', ce n’est pas pour autant que j’écris des mises en page.

Rappelons-le chaque fois que ce sera nécessaire... jusqu'à preuve du contraire, peindre une Icône n’est pas encore un blasphème...

Nous sommes un certains nombres d’iconographes sérieux qui invitons nos élèves à oublier ce sophisme (quand ce n’est, pour certains, un snobisme) dont beaucoup s’emparent en y mêlant quelques considérations plus proches d’une propension au ''mystico-mondain'' que d’une quête authentiquement spirituelle. Parfois même, on perçoit bien une manière détournée, presque infantile, de masquer des approximations ou maladresses picturales, pour ne pas dire des médiocrités (picturales) dans certains cas.

Ne craignons donc pas de peindre des Icônes. Maître Denys de la Fourna, auquel beaucoup se réfèrent, ne s’interdisait pas d’utiliser avec simplicité ce terme, plus proche de la réalité technique, sans être pour autant, ni un mauvais ''écrivain''(1) d’Icône, ni un mauvais chrétien.

Appliquons-nous plutôt à tendre vers la perfection et la dignité dans le Divin Métier (selon la prière de l'iconographe) et se tenir à l'écart des amusements linguistiques que l'on savoure comme des gourmandises. Beaucoup pensent (je l'ai constaté) que de dire "J'écris des Icônes !", garantit
, au regard de l'ignorance du "profane", un certain mystère sur la nature secrète de l'Icône...

C'est, à vrai dire, assez triste. D'autant que, comme pour la pseudo-perspective inversée, loin de reconnaître les erreurs, il est de bon ton, de nos jours, dans les ateliers - dont beaucoup trop affichent un amateurisme sans complexe - de les affirmer avec "hauteur", sans même prendre la peine de réfléchir... ou de s'informer...

Je suis, toutefois, sans aucune illusion, dans la mesure où l'on est allé si loin dans l'affirmation de ces erreurs, que cela nécessiterait beaucoup, beaucoup, de simplicité et d'humilité à ceux qui on fait de ces expressions erronées, leur fond de commerce, pour "rectifier"... ces "déviations"...
Que Notre Seigneur les aide.

Un iconographe en son désert

(1) On comprend bien qu'en poussant un peu plus loin "le piège de l'absurdité", celui-ci se referme sur sa conséquence quelque peu "ridicule". Il y a, en effet, aujourd'hui, beaucoup plus d'écrivains d'Icônes que d'iconographes... Je leurs suggère de se reconnaître comme "grapheurs" d'icônes. Après tout !
À suivre...