L'ATELIER DES DEUX SAINTS JEAN, 
LES JANINS 45220 (LOIRET)  MELLEROY  - FRANCE - TEL : 02 38 95 39 43
Sommaire : L'Icône : une discipline spirituelle, les Icônes, 
cours et stages d'iconographie, réflexion sur l'art, expositions, Traité de peinture 
Scénographie, affiches de théâtre, peintures, graphisme, illustrations
 
 

 

L'Icône de la Dormition

Chaque Icône peut être envisagée selon trois niveaux de lecture :
- narratif,
- théologique,
- onthologique.
Le premier, c'est la vision immédiate et l'exposé du récit (lorsqu'il s'agit d'une Icône de fête).
Le second, le prolongement religieux qui aborde la fonction liturgique et l'aspect strictement religieux de la vénération des Icônes.
Le troisième, la fonction ontologique, comporte tous les éléments symboliques susceptibles de nous renvoyer à la connaissance de l'être : la connaissance de Soi ; cette fonction est intimement liée à l'expérimentation régulière de la discipline iconographique au sein de l'Orthodoxie.
 
Nous n'aborderons pas le deuxième niveau, parce que la littérature théologique est si abondante et si riche qu'on ne peut que renvoyer aux théologiens orthodoxes qui font autorité. Nous dirons qu'il implique un des aspects de la vénération des Icônes (rendre grâce au modèle qui est dans les cieux).
 
Le troisième niveau qui n'exclue nullement les deux premiers est souvent abandonné ou ignoré.
Pourtant nous pensons qu'il serait judicieux de s'y référer plus souvent : il permet, en effet, de donner d'autres réponses aux "grandes interrogations existencielles" que celles de la "psychologie ou philosophie officielle" et de l'approche clinique et analytique de la science dont le champ d'application ne peux pas aller au-delà de la "substance".Tandis de l'approche ontologique y inclut "l'essence" comme cause première. En fin de compte il invite à la contemplation (méditation profonde) qui est le second aspect de la vénération.
 

Cette distinction entre substance et essence est si importante qu'elle permet de comprendre combien la démarche scientifique* peut rester vaine lorsqu'elle se plonge dans l'étude de la matière, en ce qu'elle a d'indéfiniment petit ou d'indéfiniment grand, en espérant y trouver la trace de la "Cause" (Principe Divin)

*Note : le fait de se parer du titre de "recherche fondamentale" ne change rien à la finalité. Un jeune scientifique, professeur à l'école polytechnique (dont nous n'avons malheureusement pas noté le nom), a publié très récemment un ouvrage dans lequel il découvre et s'étonne de ce que la science moderne soit incapable de "donner du sens". S'il nous était fait remarquer que tel n'est pas le but de la science, alors il ne faut plus parler de "connaissance" mais de "curiosité" aux applications de plus en plus douteuses. N'est-on pas en train de nous familiariser avec l'idée que le clonage humain est inéluctable ! ÀA l'ultime instant de notre passage ici-bas, est-ce de la réalisation d'une fiction dont nous aurons besoin ou de "sens" ? "Donner du sens" suppose une approche onthologique parceque nous avons un besoin vital de "vérités universelles" et non pas "exclusivement" de recherches partielles sur la matière, si fines soient-elles. La négation du spirituel et de ses garants les plus fidèles que sont les textes sacrés (les plus indiscutables) désespère les consciences, trouble les âmes jusque dans les églises en donnant finalement raison aux "intégrismes" et "excès" de tous bords.
 
La substance ne contient pas son essence en elle-même et par conséquence ne peut "donner du sens". C'est le contraire qui Est ; l'essence constitue la Cause première de la matière et ne peut se réduire à elle ou en elle.

Lorsqu'on assimile véritablement ce principe élémentaire il devient alors possible de saisir la simultanéité de "l'immanence"et de la "transcendance" du "Principe Divin".

 
 
 
 
Ceci ne nous a pas éloigné de notre sujet.
Revenons à l'Icône de la Dormition de la Vierge Marie. Cette fête, fixée au 15 Août, décrit l'événement avec tout ce que celà suppose de miraculeux : l'annonciation de la "mort prochaine" de Marie par l'archange Gabriel, l'arivée des apôtres sur des nuées, celle de Saint Paul et des trois hiérarques, Saint Denys l'aréopagite, Saint Hiérothée et Saint Timothée dont les deux premiers sont souvent représentés.
Selon la tradition, la Vierge Marie avait atteint l'âge de 59 ans (11 ans après la résurection de son fils Jésus).
Elle avait arrangée auparavent elle-même son lit funèbre et ordonnée de préparer ce qui était nécessaire aux funérailles. Lorsque le temps fût venu elle fit ses adieux et bénit tous ses proches, pria pour la paix dans le monde, s'allongea sur la litière et "remit paisiblement son âme blanche et plus resplendissante que toute la lumière, entre les mains de son Fils et son Dieu qui était apparu en compagnie de l'Archange Michel et d'une troupe angélique ... ". Il est dit aussi que trois jours après la mise au tombeau de la Vierge Marie, il se produisit le même miracle que pour son Fils. Le corps avait disparu. Seul restait le suaire qui gardait toutefois la forme de Marie ...
Voici pour l'histoire !
 
Maintenant en observant la composition de l'Icône, nous voyons immédiatement que l'horizontalité de la Vierge et la verticalité du Christ soulignée par le cierge, recomposent une croix ; cette fois en affirmant par l'horizontalité, la fragilité de l'incarnation, de toute incarnation et la permanence de l'âme pacifiée, portée (et présentée) par le Christ, envisagé ici comme second Adam (Esprit vivifiant). Tout nous invite à orienter notre méditation vers ce mystérieux ternaire (qui est le nôtre) : corps, âme, esprit. La composition de l'Icône nous rappelle, comme celle de la crucifixion, que la branche horizontale de la croix embrasse le monde, l'humanité en sa totalité ô combien éphémère, alors que la verticalité transcende tout, du plus profond des abîmes jusqu'aux hauteurs indéfinissables, incompréhensibles, éternelles...
 
Une autre indication nous est donnée par trois plans de manifestation à savoir :
1. Le monde visible et sensible, représenté par le sol, la litière, l'architecture.
2. Le monde intermédaire et subtil (invisible), figuré par une forme en demie-mandorle (la totalité de celle-ci est cependant supposée). Cette forme comporte elle-même 3 parties dont le centre est occupé par le Christ et la périphérie par les anges, archanges, séraphins.
3. Les cieux dont nous avons déjà parlé à maintes reprises qui sont signifiés par le fond d'or (auquel on ne prête souvent aucune attention*).
 
*Note : il est utile de faire remarquer à ce propos un principe très ancien. Très souvent, ce que l'on ne voit pas immédiatement ou qui paraît n'avoir qu'un intérêt secondaire, véhicule souvent (et non de manière systhématique), une vérité profonde. Ce principe est attesté dans les évangiles par une petite phrase qu'on ne "remarque pas toujours" : "la pierre qu'avaient rejetée les bâtisseurs, c'est elle qui est devenue pierre de faîte". On doit comprendre aussi "pierre de chef" (c'est la clé de voûte). Et bien entendu il s'agit, dans les écritures, du Christ.
 
Ainsi ce trouve affirmé le sens que nous devrions donner à notre vie ; à savoir que cet état spirituel de "virginité" de "pureté" qui transfigure l'âme nous fait accéder au Christ, ( ... remit paisiblement son âme blanche et plus resplendissante que toute la lumière, entre les mains de son Fils et son Dieu ...) et c'est seulement, par là-même, que se comprend la résurection des "corps" puisque rien ne peut faire exception sauf ...
... sauf si nous ne le voulons pas ; "Dieu nous a créé libre".
 
Nous voyons que la recherche de cet état spirituel constitue un immense espoir. Il suppose toutefois un "travail" sur soi et c'est spirituellement autant que temporellement qu'il doit s'effectuer.
 
Celà dit, il est bien évident que la distance qui nous sépare de ce but, que nous devons nous fixer, est à l'image de nos difficultés, de nos lourdeurs, de nos travers. L'important est de toujours "orienter" notre volonté, notre raison et notre conscience vers ce but inaccessible en apparence.
Reprenant l'image du métier nous dirons : nous restons toujours d'une certaine manière apprenti, quelque soit notre qualification, cependant notre ambition demeure invariablement la réalisation de notre chef-d'oeuvre*, cette clé de voûte dont le sens est exprimé dans la note précédente.
 

*note : ce terme, qui ne signifie plus rien de sérieux de nos jours, comportait un sens spirituel élevé pour les "hommes de métier".