L'ATELIER DES DEUX SAINTS JEAN, 
LES JANINS 45220 (LOIRET)  MELLEROY  - FRANCE - TEL : 02 38 95 39 43
Sommaire : L'Icône : une discipline spirituelle - Les Icônes - 
Cours et stages d'iconographie - Réflexion sur l'art - Expositions - Traité de peinture - 
Scénographie - Affiches de théâtre - Peintures - Graphisme - Illustrations
 

 

L'Icône du Christ en Gloire

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Les deux exemples ci-dessus sont tout à fait significatifs
d'une représentation canonique de ce type d'Icône
 
Réalisation de cette Icône par l'Atelier des Deux Saints Jean Achevée le 2 Janvier 2006 60 cm x 80 cm

À la suite de la réalisation, par une élève, d'une icône du Christ en Gloire, nous avons été amené à proposer une réflexion sur cette Icône. Nous avions déjà fait remarquer ailleurs (Synthèse) que le langage iconographique ne peut pas être soumis à l'interprètation individuelle et subjective en ce qu'il s'appuie sur un symbolisme Universel conforme à la théologie orthodoxe. L'accumulation d'erreurs, tant dans les explications présumément savantes de l'élève en question, que sur cette réalisation (figurée ci-dessous) nécessite donc les précisions qui suivent. Ajoutons qu'il n'est pas tenu compte de l'aspect strictement esthétique et artistique de celle-ci qui laisse perplexe quand à la formation effective de cette personne...

Nous soulignerons toutefois, au passage, une difficulté de la composition à laquelle sont souvent confronté les élèves : se sont les "formes et aplombs parasites" de même que les symétries systhématiques, qui nuisent à la lisibilité, l'harmonie et la légèreté de la composition. La représentation ci-dessous constitue, malheureusement, un "catalogue" d'erreurs dûes à l'étude non accompagnée d'un maître. Ce qui doit rappeler aux élèves qu'avant d'envisager oser aborder la réalisation d'une Icône, particulièrement celle du Christ en Gloire, il convient d'avoir sérieusement étudié et compris les Icônes les plus simples dans leur expression esthétique et symbolique.

Par parenthèse, nous avons là l'exemple caractéristique d'une "interprètation" pour le moins fantaisiste d'une mouvance se situant dans la "sphère religieuse et artistique" romaine où tout et n'importe quoi est possible du moment qu'on se réclame de la foi chrétienne. Nous le réaffirmons une fois de plus, la Discipline Sacrée ne peut s'accomoder de l'expression de l'ego. Celui qui entre dans la voie iconographique doit accepter avec humilité l'expérience et la connaissance des maîtres. Que l'étudiant soit "catholique" ou "orthodoxe", il doit savoir que le dépôt d'une "forme traditionnelle" est l'expression de la Vérité. De cette évidence découle l'obligation, d'étudier, de comprendre et se parfaire, avant d'imaginer pouvoir "innover". Le Maître dit : " Il n'y a pas d'interdiction d'innover dans notre discipline, à la condition toutefois, d'avoir compris et "maîtrisé" le langage iconographique dans l'intimité de sa propre réalisation spirituelle sous le regard de "l'Autorité Spirituelle". Sache que les Maîtres qui ont atteint ce degré de maîtrise n'ont plus le désir frénétique d'innover. Chacune de leurs Icônes expriment LA RÉVÉLATION en toute sa pureté".

Comme nous le verrons plus loin l'Icône du "Christ en Gloire" est l'expression-même, discrète, subtile et complexe de l'ultime État de réalisation spirituelle : la perfection et l'Union au Principe Divin. Elle constitue, dans toute l'iconographie chrétienne un exemple unique et exceptionnel. La subtilité, la force de l'expression théologique "Inspirée" et "Imaginée" doit susciter chez l'étudiant une méditation sur la modestie et l'humilité et d'attendre sagement d'être prêt avant d'aborder cette représentation qui ne souffre aucune médiocrité.

Notes sur le symbolisme de l'Icône du Christ en Gloire 
ou en Majesté
L'Icône du Christ en Gloire (inspirée par la vision d'Ezéchiel et reprise par Saint Jean dans son Apocalypse), d'une extrême complexité symbolique s'accompagne "Traditionnellement" d'un certain nombre de recommandations vérifiables sur la quasi-totalité des représentations des Maîtres.

Les vêtements du Christ doivent obligatoirement être d'une seule teinte claire s'apparentant à celle de la "Transfiguration" et donc, ne doivent plus comporter les deux couleurs (alternance ou complémentaire : chaud-froid). Cet état "de Gloire ou de Majesté" se situe au-delà de ces contingences éphémères. Cette teinte doit être, soit blanche (au blanc sont associés l'éther et l'un des cinq sens : l'ouïe) avec des nuances d'ocre jaune, soit ocre jaune (le plus chaud possible) rehaussé de blanc ou d'assiste (pureté absolue). La dominante de la composition générale est évidemment le rouge et son harmonie "chaude".

Notre Seigneur se situe symboliquement comme identifié au Principe Divin(1) qui lui, Est : Créateur du ciel et de la terre et de toutes choses visibles et invisibles. Par invisible on doit comprendre le monde dit "subtil" (et non pas ce qui ne peut être vu par l'oeil - même avec des instruments sophistiqués) en l'occurence l'éther (lieu privilégié des chérubins et séraphins) que l'on dit : aux confins des simples limites corporelles et temporelles.

(1). C'est exactement ce qui nous permet d'affirmer que Christ est Dieu, et seulement en ce sens, sinon il doit est nommé Verbe ou Fils de Dieu. D'ou l'expression du Christ lui-même : "qui m'a vu a vu le Père". Cette seule expression suffit à comprendre l'interdiction et l'absurdité de représenter Dieu le Père de quelque manière que ce soit.

C'est la raison pour laquelle "l'armée" des chérubins et séraphins, inscrite dans une ellipse (mandorle) ample et sans rupture de courbes, assiste le Christ. Il est enseigné que celle-ci doit être figurée de manière discrète et subtile, légère, aérienne, etc,... Toutes les exemples les plus sûrs nous indiquent que la "transparence" est évidemment le maître mot de cette Icône

Ce qui vient d'être dit est affirmé par les cercles ailés(2) qui portent ou se tiennent au pied du Christ. Figuration de sphères célestes au nombre variable de deux, trois, voire quatre, suivant les écoles et qui confirme que l'État Christique est une "modalité" qui s'apparente à Dieu lui-même par Union. Nous nous exprimons, au-delà du temps et de l'espace. Le passé, le présent et l'avenir(3) n'étant plus, en quelque sorte, "d'actualité", comme ce doit être le cas dans le "temps liturgique".

(2). les ailes figurées à la périphérie des cercles sont souvent au nombre de quatre ; ce qui n'est pas sans rapport avec le symbole du"zwastika". En tout cas il ne peut n'y avoir qu'une seule aile car dans ce cas la stabilité du mouvement n'est plus logiquement possible ...

(3). Par parenthèse on pourrait dire que ces trois modes éphémères et transitoires sont le champ privilégié des "devins", "marabous" et autres "astrologues". Nous ne sommes plus dans le "Spirituel" (qui est affirmé par le sens profond de cette Icône). Lorsque le "saint homme" est amené, accidentellement, pour des raisons particulières et à contre-coeur, à investir ce "champ" de possibilités, ce n'est que par une conséquence de sa propre réalisation spirituelle et non comme un but en soi.

L'incarnation du Verbe de Dieu soulignée par le parallélépipède placé sous les pieds de ce dernier, signifie évidemment le monde et non pas la terre.

Petit détail : la perspective inversée, signifiée sur la représentaion de l'élève, n'a jamais existée en iconographie (voir notre réflexion sur la non-perspective). Cette erreur provient de certaines formulations approximatives de théologiens en mal de théories savantes. Il ne s'agit nullement d'une inversion mais d'un retournement spirituel de la vision ordinaire du monde (métanoïa). Mieux encore, l'abandon de cette vision ordinaire. L'inversion dans la quête spirituelle est toujours le signe ... de l'errance et du "tentateur". Ceux qui s'obstinent à interprèter littéralement cette formulation en l'appliquant à leur dessin de base (en inversant les lignes de fuites), devraient observer attentivement les Icônes des Maîtres et en tirer la leçon.

Enfin : les symboles signifiant les évangélistes (le fameux "tétramorphe") doivent impérativement se situer à l'intérieur de la forme générale rectangulaire (étirée sur les angles et rouge) sur laquelle se superpose la mandorle. Les situer à l'extérieur revient à les exclure de ces lieux célestes particuliers (signification du message Divin à l'adresse du "monde" en ce qu'il a de plus digne). Situés à l'extérieur ils doivent logiquement être représentés sous leur forme iconographique habituelle et non selon leur symbole, mais alors nous ne sommes plus dans le cadre du Christ en Gloire... En iconographie déplacer un élément revient, comme au jeu d'échec, à en changer le langage et la réponse ; ce "langage" n'est ni subjectif, ni aléatoire.

L'Icône du Chrit en Gloire : du sens de la "perfection" et de la "nature" de la pierre précieuse

Il y a un autre aspect qu'il semble nécessaire de porter à notre vigilence. Il se rapproche de ce que nous avons dit à propos de la symbolique des couleurs. Toute la démarche iconographique tend à s'orienter vers l'ultime but de notre quête, qui est, normalement celle du chrétien à savoir le "dépassement" ou mieux "la transmutation" "transfiguration" de cette tension mise en oeuvre. Cette tension, bien entendu doit s'entendre dans le sens de l'accomplissement et de la "Maîtrise" (dans la connaissance) de notre Discipline Sacrée. Si nous devions utiliser une image - ce qui est la moindre des choses en iconographie - nous pourrions comprendre que le symbolisme de la parfaite transparence affirmée sur cette Icône en même temps que l'accent mis sur : la brillance, les sphères célestes, le monde subtil, l'intensité du feu Divin ... ... nous devons admettre que l'image suscitée par cette représentation et comme trace que nous laisse Celui qui a tout fait avec Sagesse, c'est la "nature" de la pierre précieuse par excellence : le diamant.(4)

(4) . On peut faire observer que le diamant est un combustible "parfait". Ce qui atteste de la relation qui s'instaure tout naturellement entre son symbolisme de perfection, et la lumière (le feu). C'est aussi ce qui doit faire comprendre qu'il n'est pas convenable de surajouter des pierres précieuses pour "enrichir" les Icônes.

C'est ainsi que l'iconographe, conscient de la démarche qui doit être la sienne doit attester du sens qu'il donne : de toute son énergie, du peu de talent qu'il a reçu en cheminant contre vents et marées vers la perfection ... quand bien même il s'en trouverait indigne.

Cette Icône du Christ en Gloire est en quelque sorte l'ultime expression de l'Icône non faite de main d'homme. Du reste le texte placé sur le "Livre" (se rapportant à l'apocalypse de Saint Jean) "Je Suis l'Alpha et l'Oméga, le Principe et la Fin" souligne que nous est livré un mystère : celui de l'Origine en sa Cause et la Fin envisagée sans aucun doute comme Véritable ... ..."Commencement" ...

Si l'Icône de la Sainte Face constitue la clé de la "représentation" offerte par le Christ lui-même, celle du Christ en Gloire constitue la réponse Inspirée de l'iconographe au Christ. Il est donc tout naturel que cette dernière se situe au-dessus des Portes Royales.

En cela-même, nous sommes convaincu, pour notre part, de la nécessité impérative de fuir la médiocrité. Nécessité inclue dans la voie iconographique la plus authentique. C'est une des raisons qui nous permet d'affirmer (en réponse à ceux qui s'abandonnent dans la recherche débridée des "phénomènes") : notre Tradition et Discipline Sacrée est Miraculeuse en Soi. Par voie de conséquence toute Icône réalisée en "Connaissance de Cause" et dans l'Esprit de la Tradition est Véritablement Miraculeuse. Le Miracle ne passant pas obligatoirement par l'attestation de "phénomènes" spectaculaires. Le Vrai Miracle reste discret et n'est pas "livré" aux marchands du temple.

Il y aurait sans aucun doute beaucoup à dire sur l'Icône du Christ en Gloire tant son symbolisme est riche et profond. La réflexion demeure ouverte ...